Notre grotesque Kali-Yuga sanitaire : Qui a manifesté ? Et Pourquoi ?

   Cela fait un moment que nous visons dans ce que les Hindous nomment « l’âge sombre » et les Grecs « l’âge de Fer », fin du cycle historique et spirituel de l’humanité. Modernité, guerres mondiales, divinisation de la Technique ; on ne pouvait ne pas descendre davantage : nous y sommes arrivés. 

   L’Occident étant le lieu là où se couche traditionnellement le soleil, il était alors inévitable que les phases ultimes de la dégénérescence se manifestent en Europe de l’Ouest et dans son avorton bicéphale états-unien-canadien. 

   Mais si les couchers du soleil sont beaux à regarder car colorent le ciel de nuances flamboyantes, notre coucher à nous ressemble davantage à une montagne de couches usées qu’à un magnifique crépuscule gorgé de nostalgies et de grandeur déchue. L’Occident est un hospice de malades entouré de ses poubelles et de guerres. Le notre est un Kali-Yuga grotesque, drapée de progressisme et de folies sanitaires. Le fait que la plupart des gens s’en accommodent plus ou moins bien est là le signe manifeste de l’effondrement de l’esprit humain et de l’efficacité de nouvelles formes de biopouvoir devenues pervasives. 

   Les dernières annonces de la part du gouvernement et de ses mégaphones, assaisonnées d’insultes et de menaces même pas voilées, ne sont que l’un des nombreux avatars de cette époque sombre, excessive et laide. A nous d’en faire l’analyse pour tenter de rester debout au milieu des ruines, car, comme l’écrivait René Guénon, « […] ce n’est pas là une raison pour se contenter de subir passivement le trouble et l’obscurité qui semblent momentanément triompher […] ». 

   Un autre signe de notre Kali-Yuga à nous est cet excès de rationalité. Les (a)sociétés en pleine dissolution s’avèrent être tellement imprégnées de rationalisme qu’elles en sont devenues folles. Ce dernier terme, « folie », est à prendre au pied de la lettre. En expulsant toute forme de transcendance et en légitimant exclusivement l’aspect froid et rationnel de la pensée humaine, se coupant donc d’une partie de son âme, la civilisation postmoderne a créé un être humain domestiqué, uniformisé, vide de contenu, craintif et réduit à un chiffre, donc déshumanisé. Passeport, carte d’identité, abonnement des transports publics, carte bleue, livret A, carte Vitale, assurances diverses et variées, mots de passe, QR-code, boîtes mail : on interdit l’exploitation animale dans les cirques avec l’argument, ô combien juste, que cela nuit à leur dignité et en même temps on devient plus abrutis et domestiqués du dernier des singes castré. Et on appelle cela « liberté ». Voici plus de soixante ans, Carl G. Jung avait, au sujet de cette tendance de la part de l’individu à se couper de sa vie intérieure pour adhérer passivement à la Technique, énoncé que « […] c’est le rationalisme de la pensée scientifique qui s’avère être l’un des facteurs principaux de l’agglutination des individus en masse ; en effet ce rationalisme prive la vie individuelle de ses bases et partant de sa dignité et de sa légitimité, car, dans sa visée, l’homme comme unité sociale a perdu son individualité et s’est transformé en un numéro abstrait de la statistique sociale. »

Manifestation à Marseille

Ni « pro-vax », ni « anti-vax », mais plutôt pro ou anti-Pass Sanitaire

   Soyons clairs : le point de crispation n’est pas tant le vaccin en soi que plutôt ce qu’il représente – et son sens. Contrairement à ce qu’une part des médias et de leurs mégaphones veulent faire croire pour discréditer une colère légitime et ainsi étouffer toute sorte de critique, les manifestants qui se sont exprimés dans les rues le 14 et 17 juillet marchaient contre le Pass Sanitaire et les mesures coercitives instaurées par le gouvernement, non pas contre le vaccin en soi. On ne peut pas se douter que, dans d’autres circonstances, la plupart des manifestants se seraient fait vacciner à la rentrée. Mais comment faire confiance à un gouvernement dont les illustres représentants tout d’abord moquent ceux qui s’inquiètent d’une possible pandémie en France pour, quelques semaines plus tard, annoncer un confinement total de deux mois ? Et que, faute de stocks, déclarent qu’un masque chirurgical comporte « des gestes techniques » au-delà de la compréhension du péquenot lambda, notoirement trop stupide sauf lorsqu’il doit aller voter, pour ensuite rendre ce même masque obligatoire ? Et qui assuraient, en riant au nez de ceux qui prédisaient le contraire, que jamais la vaccination aurait été obligatoire et que maintenant la rendent pratiquement tel ? 

   On peut légitimement se demander quand c’est que ces sociopathes et ceux qui les ont votés cesseront de maltraiter ainsi les gens. 

   Les arguments avancés par les Gabriel Attal (qu’il a défini les opposants au Pass Sanitaire « Une frange capricieuse et défaitiste ») et d’autres caisses de résonance tombent un peu plus lorsqu’on interroge les présents aux manifestations : beaucoup d’entre eux sont déjà vaccinés, tandis que d’autres, sont des soignants. On n’est donc pas face à des complotistes terraplatistes qui ont fait leurs recherches sur internet et qui sont convaincus que Elisabeth II serait une Réptilienne. La tentative de discréditer les protestations en divisant artificiellement la population entre « pro-vax » et « anti-vax » doit être résolument combattue, car relève d’une stratégie visant à isoler, humilier et, surtout, détourner l’attention des enjeux de ces mesures. Enjeux qui ont d’ailleurs été annoncés par Emmanuel Macron lors de l’allocution de lundi 12 juillet, mais que pratiquement personne n’a retenu, tombant ainsi dans le piège pro ou anti vaccin : réforme des retraites et du chômage. L’oligarchie financière s’en fiche que ses employés soient vaccinés ou pas. Ce qu’ils veulent, c’est licencier plus facilement, casser encore un peu le Code du Travail (apparemment les opposants à Macron ont oublié le socialiste Hollande et sa loi El-Khomri) et voir les gens travailler jusqu’à presque 70 ans. Objectif, ce dernier, qui deviendra quasiment impossible en un monde où le marché du travail est en pleine ubérisation et où on licencie plus facilement, et surtout lorsque l’employé commence à coûter trop cher en raison de ses années de travail. 

   C’est contre cela que près de 140 manifestations ont été déclarées dans toute la France, et que plus de 120.000 personnes ont manifesté. La question est alors celle de choisir le camp des « pro-Pass » ou celui des « anti-Pass », avec tout ce que cela comporte en termes de conception de la Polis

Le Lumpenproletariat a (encore) choisi son camp

   Tout à fait cohérent avec son rôle historique et social, le Lumpenproletariat, cette fermentation de la décomposition de la vieille gauche social-démocrate reconvertie en gauchisme libéral-libertaire, a une fois de plus endossé son rôle d’avant-garde de toute sorte d’oligarchie. N’importe quel participant, soit-il militant ou simple curieux, a remarqué l’absence totale de représentants de ces mouvements postmodernes dont le rôle est de phagocyter toute élan de révolte pour le transmuter en déjections arc-en-ciel médiatiquement acceptables. Pas un seul panneau rédigé avec l’abominable écriture inclusive. Pas d’antifas. Pas de militantes Femen à imposer leurs vulgarités. Pas de fanatiques BLM pour sermonner les présents de se mettre à genou. Pas de plaintes de la part des LGBTQI+ contre l’ignoble emprise sanitaire sur le corps du citoyen, ce qui devrait pourtant être leur cheval (ou unicorne) de bataille préféré, vu que leurs auteurs de référence sont Michel Foucault et Judith Butler. L’expropriation du corps de la part du biopouvoir devient-elle donc un sujet de discussion seulement lorsqu’elle touche au genre, au poste de maître de conférences dans les universités et aux financement associatifs ? 

   Où étaient-ils, tous ces révolutionnaires ? Aucune coïncidence, aucun hasard n’est à évoquer lorsqu’on feuillette la presse mainstream et officielle, qui a habilement tue les dizaines de manifestations organisées chaque jour depuis le 14 juillet et qui ont surreprésenté la manifestation organisée, samedi 17 juillet, par le Comité Justice pour Adama, où l’égérie BLM version parisienne s’est rendue en trébuchant sur ses Louboutin. Détourner l’attention pour la rediriger sur des sujets secondaires : on appelle cela de la spectacularisation, un théâtre d’ombres. 

   On songera également aux parasites du jet-set franchouillard, révolutionnaires en carton-pâte, trop occupés à se pavaner sur la Croisette cannoise pour faire la promotion de leurs navets que justement personne ne calcule. Ecolo-bobos aux nez enfarinés et aux physiques sculptés par de la chirurgie plastique et régimes totalitaire-alimentaires, ils n’ont même pas été capables de parcourir à pied 300 mètres, préférant se faire emmener en voiture (avec chauffeur, bien entendu), avec la presse à la traîne qui tente de nous expliquer que le dégueulasse smoking couleur framboise du multirécidiviste JoeyStarr est tendance. 

   Toi, cher lecteur, tu pollue avec ta vieille bagnole pour te rendre à ton boulot ingrat, qui se trouve à une quarantaine de bornes de l’appartement où t’es locataire, tandis que ces racailles en jet privé te crachent à la gueule depuis Konbini et TPMP pour te rappeler que les alluvions et les incendies sont de ta faute – jamais la leur. Non, la lutte des classes est terminée avec la victoire du libéralisme anglo-saxon, te disent-ils ; la Vérité et la Bonté sont du côté des gauchistes millionnaires dont les chiffres d’affaires ont explosé en 2020 (+30% pour les 500 plus grandes fortunes françaises) tandis que celles des TPE-PME françaises ont baissé de 8,4%, et le pouvoir d’achat, de 0,5%. 

   Le Lumpenproletariat n’est pas forcément économiquement démunie. Cette classe parasitaire est, depuis le crépuscule du XXème siècle, trans-salariale ; on a autant le punk à chiens au RSA qui t’insulte quand tu ne lui donne pas l’euro « pour le ticket du bus » tout comme le milliardaire qui, lui, ne sait même pas ce qu’est un transport en commun – mais qu’il le possède en tant qu’actionnaire. 

Aix-en-Provence en action

Un vaccin moralisateur

   La question du vaccin en soi passe dès lors au deuxième plan. Les deux camps majeurs qui sont en train de se dessiner recalquent les éternelles questions sociétales auxquelles nous assistons depuis mai 68. Le vaccin, c’est la moraline. Le camp des militants « pro-vax », donc « pro-Pass », se caractérise par des individus dont le rôle historique est d’inoculer toute sorte de pensée moralisatrice et sociétale. Leur logiciel est mondialiste, hors-sol, politiquement correcte, sécularisé. Ils se mettent à genoux pour demander pardon pour l’esclavage tout en montrant avec fierté leur QR-code et en criant « c’est pour le retour à la normalité ». Ils sont « pro-vax » parce qu’ils sont pro- Pass sanitaire ; ils détestent être du côté des perdants et veulent accéder, au moins moralement, aux avantages octroyés aux « gagnants », même si pour cela faire ils devront accepter des mesures dignes d’une dictature qui, lorsqu’elles étaient évoquées pour stigmatiser à souhait la Chine, ils abhorraient au nom des éternels « droits de l’Homme » à géométrie variable. Les questions fondamentales, pour eux, sont l’écriture inclusive, voter EELV, manger bio, le revenu universel, faire « barrage à la haine » (celle des autres, pas la leur, car leur haine est juste). Ils ont une seule méthode, qui a montré toute son efficacité : spectaculariser, au nom de l’égalitarisme, leurs névroses pour qu’elles deviennent un fait social total. Inconsciemment, ils sont persuadés qu’ils sont le vaccin ; ils s’identifient à ce fétiche qui, dans le fond, n’a pour eux aucune valeur scientifique ; sa vraie valeur réside dans ce qu’il représente pour leur classe, c’est-à-dire eux-mêmes. Eux, ils sont le vaccin à l’oppression patriarcale, au racisme systémique, à l’homophobie, à l’islamophobie, aux « gens qui votent mal », au réchauffement climatique. Il faudrait alors leur rappeler le principe du vaccin : inoculer une version plus douce de la maladie afin de développer les anticorps. Finalement, ils l’admettent à demi-mots : le virus, c’est eux. 

   De l’autre côté, nous avons le camp qu’il serait plus correct d’appeler « anti-Pass » au lieu de l’idiot « anti-vax ». Eux, ils n’estiment pas être des vaccins aux problèmes de la planète, c’est-à-dire aux problèmes que les militants « pro-Pass » ont, en bons pompiers pyromanes, créés. Pourquoi autant de hargne ? Là aussi, il faut lire encore les lignes et évoquer une fois de plus le concept d’inconscient. Les « pro-Pass » déteste l’autre camp non pas parce qu’il refuserait de se faire vacciner, mais plutôt parce qu’il s’oppose à ses injonctions, à son pouvoir. Ils veulent le Pass tout comme ils souhaiteraient mettre en place un passeport électoral dont l’accès serait soumis à un examen ; tout cela, au nom de la démocratie. Ils s’estiment être le Bien, et tout ce qui s’oppose à eux, donc au Bien, est forcément le Mal. 

   Face à eux, nous avons une sociologie (il faudrait même parler plutôt d’une anthropologie) bien différente, beaucoup plus hétérogène que ce que l’on pourrait le croire. Il s’agit de gens qu’en grande partie n’ont pas été suffisamment formattés par des études excessivement poussées, ce qui leur a permis de conserver un semblant d’instinct de survie outre qu’une bonne et saine dose de méfiance envers Paris et Bruxelles. Ces gens, où l’on trouve des « anti-vax » primaires et aussi des vaccinés, refusent les injections de moraline et ses bienfaits que le camp « pro-Pass » spectacularise afin d’imposer leur vision du monde. Pour eux, accepter le Pass c’est accepter la coercition et les mesures d’ingénierie sociale qui sont à l’œuvre. 

   Face à un certain nombre d’évidences, le pouvoir a dépoussiéré les anciennes méthodes pour discréditer les « anti-Pass ». Une poignée de militants se sont, pendant les manifestations, baladés avec une étoile jaune. Eureka ! L’occasion était trop juteuse pour ne pas s’en saisir : dès lors, les « anti-Pass » sont devenu des antisémites refoulés. Il ne faut donc pas tomber dans cet énième piège. Mais peut-ont reprocher à ces quelques militants d’avoir, d’une manière bien entendue maladroite, utilisé la symbologie de l’étoile jaune pour dénoncer la stigmatisation sociale dont feront l’objet les non-vaccinés alors que les mêmes personnes qui leur font ce reproche furent les premiers à utiliser les codes de la nazification la plus absurde et infamante pour dénigrer les Gilets jaunes ? Fidèles à leur logiciel cynique, les « pro-Pass » n’ont qu’un but : nazifier, en généralisant des événements isolés, le mouvement « anti-Pass » afin de l’étouffer. 

   La vraie faille tectonique est donc celle qui recalque celle entre classes populaires et bourgeoisie, France périphérique et France des métropoles, enracinés et hors-sol, gens qui « vivent quelque part » et gens qui « viennent de quelques part », Gilets jaunes et hyperclasse, gagnants et perdants de la mondialisation. Le bras de fer autour du vaccin n’est que symbolique, et relève de bien d’autres enjeux primordiaux : accepter de se faire vacciner sous contrainte c’est, dans l’inconscient sociale des récalcitrants, accepter la coercition qui représente le Pass Sanitaire et la normalisation des inacceptables mesures sociales qui se profilent à l’horizon. 

Maxence Smaniotto

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