Monnaie libre, l’antidette

Vers l’autonomie de la production monétaire ?

Passionnant, révolutionnaire, utopiste, irréalisable, incompréhensible, technophile, remarquable, radical, enthousiasmant etc. sont souvent les termes qui reviennent lorsqu’est évoqué cet OVNI monétaire qu’est la monnaie libre. Entre ceux qui ont lu, qui ont vu, qui ont compris ou cru comprendre, qui ont confondu ce concept avec d’autres, la discussion autour de ce sujet peut être fournie et ardue. Nous allons ici tenter de déchiffrer pas à pas cette idée de monnaie libre et démontrer qu’elle est une alternative puissante à l’asservissement bancaire. Puissante car très sérieuse…

Une brève histoire de la monnaie

Si l’on en croit l’anthropologue David Graeber (l’auteur de Dette : 5000 ans d’histoire), la monnaie serait depuis l’origine l’autre nom de la dette au sens où elle aurait toujours représenté cela, très loin de la pensée magique et hasardeuse d’un troc qui se serait complexifié jusqu’à devenir ce qu’on appelle aujourd’hui le « marché ». Cette dette monétaire aurait pour origine deux hypothèses non excluantes l’une de l’autre. 

La première serait une « économie du crédit » où un échange différé entre en jeu et qui nécessitera une comptabilité et tout ce qui en découle (écriture, tribunaux) : « je te donne une chèvre aujourd’hui, tu me donneras tant de blé lorsqu’il aura poussé ».

La deuxième hypothèse impliquerait des proto-états qui, pour assurer l’entretien de leurs troupes intégralement dédiées à l’art de la guerre, auraient obligé par la menace l’utilisation de monnaie et à sa récupération via l’impôt (une dette donc dès l’origine) créant ainsi de toute pièce (sans mauvais jeu de mots) et sans forcément l’avoir imaginé, un marché d’échanges complexes.

De nos jours et plus que jamais, la monnaie est crée par une dette purement et simplement. En effet, depuis la fin des accords de Bretton Woods (1971), plus aucune corrélation à l’or ne fait office de garde-fou. Que ce soit une personne morale ou physique, il faut obligatoirement contracter une dette pour que les banques, par un jeu d’écriture comptable, « impriment » de la nouvelle monnaie. Ce sont aujourd’hui principalement les banques privées qui font émerger cette nouvelle masse monétaire dans l’économie, nouvelle monnaie absolument nécessaire aux remboursements d’anciens intérêts et ainsi de suite. Le cercle vicieux est lancé et nous promet soit de grandes révolutions, soit un asservissement complet inéluctable et une spoliation progressive totale par les mains de quelques puissants. L’ironie étant que, si les états ont bel et bien à la base crée la monnaie, ils sont aujourd’hui les obligés d’intérêts privés ; ce qui in fine n’est peut-être que la résultante d’un cycle qui revient à son point de départ… Malheur aux pays qui résisteraient à l’addiction de la dette, ils pourraient être très vite traités « d’Axe du Mal » et la démocratie pourrait leur tomber sur la tête de manière brutale !

Une brève histoire de la monnaie… libre

En 2008 a lieu la fameuse crise des subprimes qui fera réfléchir Stéphane Laborde. Cet ingénieur toulousain va remettre en question la pertinence du modèle monétaire classique qui vogue de crises en crises et dont la métrologie – l’unité de mesure donc – est purement et simplement indéfinissable. En effet, à l’image de la seconde ou du kilogramme, quelle est l’expérience scientifique qui permet de définir de manière universelle ce que représente une unité monétaire ? Aucune. Ni personne d’ailleurs.

Nous autres, pauvres hommes, sommes donc obligés de jouer à un jeu monétaire dont les cartes sont aléatoirement distribuées dans l’espace et dans le temps au prix d’une règle qui elle-même peut changer selon l’humeur de ceux-là même qui créent cette monnaie (accords de Bâle) !

Laborde, avec ses compétences mathématiques sérieuses et son bon niveau de joueurs d’échecs, va repartir d’une page blanche en se posant les questions suivantes :

  • Est-il possible de créer une monnaie qui dispose d’une réelle métrologie ?
  • Cette monnaie peut-elle faire preuve de justice sociale en limitant au zéro absolu ou presque la part d’inégalité inhérente à la création monétaire ? Ou autrement dit : chacun peut-il être égal devant cette création monétaire ? 

La réponse va être positive et univoque et s’appellera le Dividende Universel (D.U.). 

Laborde démontre tout cela dans sa Théorie Relative de la Monnaie (TRM) librement trouvable sur internet entre autres. Cette solide théorie mathématique – jamais mise à mal depuis sa sortie en 2010 – va poser les bases de ce que devrait être une monnaie libre : une monnaie où chaque individu (et seulement les individus) va de la même façon créer chaque année la même part de monnaie que tous les autres, le fameux Dividende Universel donc.

De la nécessité du « libre » dans une volonté de justice sociale

La monnaie libre est directement inspirée de la philosophie des logiciels libres. Pour répondre à la question de justice sociale qui garantit à chacun un accès équitable aux ressources, il fallait prendre exemple sur un modèle qui a fait ses preuves. De manière plus pragmatique, si l’on souhaite que chacun ici et maintenant ou bien demain et ailleurs soit traité de la même manière devant la création monétaire, il n’y a pas d’autre alternative que de rendre public, connu et libre d’accès (gratuitement donc) la façon dont se crée cette monnaie. Le « libre » va ici principalement représenter une liberté d’accès à des droits ou des ressources et se définit formellement de la manière suivante en monnaie libre : 

  1. La liberté de choix de son système monétaire 
  2. La liberté d’utiliser les ressources 
  3. La liberté d’estimation et de production de toute valeur économique 
  4. La liberté d’échanger, comptabiliser et afficher ses prix “dans la monnaie” 

La liberté sentend toujours aux sens :

  • non-nuisance d’autrui vis-à-vis de soi-même 
  • non-nuisance de soi-même vis-à-vis d’autrui. 

Dans un système monétaire libre :

  • la symétrie spatiale permet à un individu d’éviter de nuire à ses contemporains
  • la symétrie temporelle permet à une génération d’éviter de nuire aux suivantes

Ici la notion de « libre » nous semble dépasser les notions de libéralisme et de libertarianisme, notions auxquelles nous serions tentées de nous raccrocher avec nos points de repères capitalistes habituels. 

Nous tenons à faire un focus sur la liberté N°2 : en monnaie libre on considère que toute valeur est absolument relative ce qui signifie que rien dans la nature ne porte une valeur économique en soi. Votre lingot d’or si précieux en France actuellement n’a plus beaucoup de valeur si vous êtes seul dans le désert et, inversement, votre bouteille d’eau que vous avez oublié dans la fournaise de votre voiture aurait valu une vie humaine dans la même situation…

C’est seulement au prix de l’acceptation totale de cette idée – la relativité de toute valeur économique – par ailleurs si évidente, que la possibilité de concevoir pleinement une monnaie libre peut s’émettre. Inutile de jeter vos lingots d’or et d’argent, nous croyons nous aussi à leur valeur et à la diversification des placements monétaires, notamment des plus tangibles. Mais si la quête est d’aboutir à une monnaie juste et fonctionnelle, il n’y a pas d’autre choix que de concevoir qu’il n’existe aucun étalon pour cela dans la nature.

Si malgré tout vous pensez fondamentalement que pour Pierre un lingot d’or ou d’argent a une valeur intrinsèque – bien que pour Paul ce soit la cagette de carottes – nous vous invitons cordialement à réfléchir à ce que pourrait être une monnaie équitable basée sur l’un ou sur l’autre, quels en seraient les nombreux inconvénients et si in fine ce n’est pas le producteur d’or ou de carottes qui finira par faire main basse sur les ressources de chacun. L’étalon monétaire naturel ayant une tendance très privative…

Non, nous vous l’assurons, après un dé-formatage idéologique, il est bien plus simple d’imaginer une monnaie sans en chercher d’équivalence dans la nature…

Rentrons dans les détails de création monétaire

Pour établir une métrologie, il faut trouver un invariant. Or, que peut bien être l’invariant d’une économie ? Une seule réponse : l’être humain. En effet, enlevez l’humain d’une économie et cette dernière n’a plus aucun sens. 

Ne reste plus qu’à faire un petit pas de côté en ne voyant plus l’être humain comme une entité isolée dans le temps, mais comme un individu qui fait partie d’un flux comprenant des ancêtres disparus, des enfants à venir et entre cela une population bien vivante de tout âge. Quel est le lien entre toutes ces personnes ? L’espérance de vie de la dite population. C’est sur cette espérance de vie que va être « indexée » notre création monétaire libre, de quelle manière ?

Tout d’abord il nous faut créer de la monnaie en permanence. Tout arrêt de la création monétaire mettrait à mal les futurs entrants dans la ML (monnaie libre) et contreviendrait donc aux notions de justice sociale évoquées plus haut. C’est la fameuse inflation au sens littéral économique : une augmentation de la masse de monnaie et non pas l’augmentation des prix.

Rien de grave ici : en monnaie libre nous rappelons que chacun crée une part (une proportion) de la masse monétaire totale aussi peu importe que la masse monétaire totale soit élevée ou pas, l’année suivante de la nouvelle monnaie sera créée sur la base d’un taux fixe et strictement invariant qui sera d’ailleurs notre unité de mesure – notre métrologie au sens strict – , le fameux D.U. !

Il n’y a plus qu’à diviser ce dividende universel entre tous les membres du réseau et entre tous les jours d’une année, voilà que chaque être humain verra apparaître sur son compte cette nouvelle monnaie, et ce tous les jours, gratuitement. Certains disent qu’il s’agit d’un « revenu universel par création monétaire », pourquoi pas.

Passons ici très vite sur le fait que par définition une population est relativement instable, aussi le système par D.U est fait de telle manière que les entrants comme les sortants du réseau ne donnent que des variations infimes à cette création monétaire et que, telles les vaguelettes d’un lac, ces variations finissent par s’estomper et disparaître complètement sans laisser de traces. Point donc d’inégalités en vue à la faveur de mouvements de population.

Ici l’espérance de vie de la population servira simplement à calculer le taux du Dividende Universel afin que ce dernier soit : 

  • suffisamment élevé pour qu’un individu ait accès à la totalité de sa création monétaire au cours de sa demi-vie (soit 40 ans en Occident)
  • suffisamment bas pour que l’ancienne monnaie ne soit pas trop vite dévaluée et que les fruits de son travail et de la création monétaire passés qui forment le capital soient encore largement utilisables dans un avenir à moyen terme sur quelques décennies

De la convergence vers la moyenne, stop au capitalisme !

Imaginons la politique suivante, en France,  dans un système monétaire conventionnel comme l’€ : tout le monde subit une taxe unique de 10 % par exemple, sur l’ensemble de son patrimoine. Les « riches » donneraient une grosse quantité de monnaie, les «pauvres » une petite.

Et imaginons maintenant que le produit de cette taxe soit équitablement reversé à tous les habitants. Les « riches » en comparaison de leur richesse ne toucheraient qu’une petite proportion de cette dernière, inversement pour les « pauvres ». A terme, tous les patrimoines pourraient même finir par s’équilibrer si l’on part du principe absurde – mais intéressant sur le plan conceptuel – qu’il n’y ait plus d’échanges entre les individus.

Cette politique fonctionne et réduit considérablement les inégalités sociales mais elle pose deux problèmes :

  • le problème n’est pas pris à la source et la création monétaire est toujours le privilège obscur d’une minorité
  • les riches partiraient immédiatement

En monnaie libre grâce au D.U., il se passe exactement la même chose mais dès l’origine, dès la création monétaire. Il s’agit d’une conséquence mathématique de cette forme de création. Ce n’est aucunement une volonté politique générale ou bien même celle du concepteur. Cela a pour effet de faire converger tous les comptes producteurs vers la masse monétaire moyenne par membre. En des termes plus triviaux : 

  • le « pauvre » va relativement rapidement rattraper son retard vers cette moyenne, sauf bien-sûr s’il fait le choix très personnel de dépenser son capital en permanence
  • le « riche » qui par définition ici aura son capital au-dessus de la masse monétaire moyenne par membre, verra son capital « fondre » non pas en unités pures de monnaie (qui elles-mêmes continueront d’augmenter d’ailleurs) mais en proportion par rapport à la masse monétaire totale

Il est donc globalement impossible d’être infiniment pauvre ou riche en ML, sauf à l’être infiniment peu de temps ! Et il n’y absolument aucun intérêt à sur-capitaliser et/ou à bloquer la monnaie, bien au contraire ! Le « riche » aura tout intérêt à prêter son capital et à laisser libre cette énergie monétaire.

De la vertu du concept de monnaie libre

Dans un monde technocratique qui se mathématise, il est intéressant de noter que d’une manière quelque peu christique et qui a probablement échappé à Stéphane Laborde lui-même, la ML est une réconciliation entre la raison et l’Amour où la mathématique est au service de l’Homme et non pas l’inverse.

Ensuite vient l’aspect profondément pédagogique : toute réunion traitant de la monnaie libre doit un moment ou un autre évoquer les monnaies « non-libres » ou l’argent-dette si l’on préfère. Cela permet d’éveiller des consciences sur un sujet où tout est fait pour qu’il nous échappe, en particulier sur le fait qu’il ne s’agisse in fine que d’une convention, une règle du jeu bien humaine en somme ! Nos esprits formatés sont au départ complètement réfractaires à cette idée – on pourrait presque y voir une analogie avec Matrix ! – mais avec le temps, les consciences s’assouplissent et le flou de nos idées s’estompe allant même jusqu’à imaginer que la ML est finalement et en réalité une évidence…

Repenser la monnaie, c’est repenser le monde. Aussi si deux individus d’apparence opposée font ce travail sincèrement, ils finissent par relativement bien s’entendre. Et c’est un peu ce qu’il se passe entre les souverainistes de la ML (les personnes venues pour retrouver une souveraineté monétaire et échapper au Système) et certaines personnes de Gauche venues combattre les inégalités sociales avec ce même outil monétaire. Certes, nous évoquerons plus tard leurs contradictions et ce qu’elles voient comme étant des inégalités sociales, mais le dialogue est réellement possible.

Du concept à la pratique : la june

A ce jour il n’existe qu’une seule monnaie libre en circulation et ce depuis 2017, la june, qui s’écrit en symbolique avec une brève sur le G : Ğ1. Le G comme hommage à Kurt Godel, le célèbre logicien, la brève pour signifier la spécificité de cette monnaie et le 1 pour indiquer que c’est la première ML, et sûrement pas la dernière, le concept étant bien-sûr librement exportable et copiable à volonté.

Vous l’avez compris, il va nous falloir décentraliser au plus possible la création monétaire, tout organe centralisateur étant par définition aisément corruptible. Exit donc la banque traditionnelle, nous allons nous en passer grâce à la blockchain (chaîne de blocs), cette technologie informatique qui permet de recopier sur plusieurs serveurs (ordinateurs fonctionnant 24h/24) des documents etc. et de les rendre infalsifiables. Les livres de compte seront ainsi tenus.
Reste maintenant à identifier qui aura le droit de (co-)créér cette monnaie. Nous l’avons brièvement évoqué plus haut mais seuls les êtres humains créent la monnaie libre – aucunement les personnes morales – c’est une condition sine qua non pour garantir la fameuse égalité spatio-temporelle entre les individus. Il va donc nous falloir discriminer, choisir qui peut accéder au statut de membre producteur, en évitant toujours de passer par un organe centralisateur tel qu’un club ou une association trop facilement corruptibles. Rien de plus simple : puisque l’on ne peut faire confiance à personne, faisons confiance à tout le monde ! De prime abord il suffira d’être coopté (certifié étant le terme exact) par cinq personnes déjà membres qui vous identifieront comme un être humain bien vivant et ayant bien compris la licence (la charte) de la ML, et le tour sera joué ou presque. 

Car oui, vous l’avez bien compris, il y a quelques règles supplémentaires pour éviter des fraudes évidentes à ce niveau-là, et cet ensemble de règles forme la toile de confiance : un outil extraordinairement puissant et fiable pour « parrainer » un nouveau membre et repérer les éventuels fraudeurs qui auront très peu d’intérêt à cette pratique dans un monde où la monnaie est produite en permanence.

Les idéologies et sensibilités derrière la monnaie libre

Le concepteur de la monnaie libre tout comme une part importante des utilisateurs auront à cœur de vous dire que cet outil est neutre ou qu’ils se considèrent comme a-partisans politiquement parlant, ce qui est vrai. En revanche on pourra noter qu’il existe trois grandes catégories qui ont adopté la monnaie libre :

  • les marginaux, au sens noble et non-parasitaire, à la recherche d’alternatives de tous bords et en quête d’indépendance. Assez peu formés politiquement (quoique de moins en moins), ils font d’abord confiance à leur intuition et sont une avant-garde nécessaire à certaines formes de révolutions qui par définition ne se font pas avec des conformistes… Conscients de certaines manipulations, ils souhaitent naïvement un monde meilleur sans pour autant être alter-mondialistes. Ils se déclarent souvent comme a-partisans
    • Voir les medias autonomistes confidentiels ou alternatifs à ce sujet tels que Nexus
  • Les souverainistes, dont les principales différences avec les marginaux sont une meilleure culture politique et historique principalement, et une volonté de rationalité et d’exactitude plus poussée. D’ailleurs les marginaux évoquent souvent la notion de souveraineté au sens individuel pour peu que cette notion soit acceptable, ce qui peut laisser à penser que les frontières sont très poreuses entre marginaux et souverainistes par ailleurs
    • Égalité & réconciliation, TV Liberté, le Media en 4-4-2 ont traité du sujet de la monnaie libre par exemple
  • Enfin les personnes ouvertement de Gauche. Venues à la monnaie libre par une démarche honnête de justice sociale et de combat anticapitaliste, par le biais du salaire universel ou des mouvements sur les revenus de base par exemple, elles sont sincèrement impliquées (souvent par le biais de l’informatique et des logiciels libres) mais intègrent plus ou moins des notions de gauchisme comme le LGBTisme, l’écologisme forcené ou le combat anti « extrême-droite »
    • Le Media a évoqué la monnaie libre sans compter les médias plus locaux évidemment

Ces catégories assez larges et relativement subjectives étant posées, on peut donc noter ce qu’elles excluent :

  • Le gauchiste pur qui est un pur parasite pour qui la monnaie libre demande déjà trop d’investissement et qui de toute façon ne satisfait toujours que trop peu à ses exigences égalitaristes folles
  • Le bourgeois qui n’a que peu d’intérêt pour des monnaies qui ne l’enrichiraient pas
  • L’identaire et le lumpenprolétariat qui sont en dehors de ces considérations

Il s’agit donc d’une classe moyenne basse qui se regroupe autour de cette notion de monnaie libre à ce jour. 

Autre fait intéressant : personnes de Gauche et souverainistes se tolèrent relativement bien. L’avantage d’aller à la source radicale des problématiques (la monnaie donc) permet d’ouvrir des discussions qui seraient impossibles dans d’autres contextes.

Les autres alternatives monétaires et la notion classique de « Revenu Universel »

La monnaie libre est, totalement à tort, régulièrement confondue avec le concept de monnaie locale. Commençons donc par déconstruire ce dernier. La monnaie locale n’est ni plus, ni moins que des € circonscrits à un territoire très localisé. Il n’y a absolument aucune création monétaire ici, simplement un change d’€ vers cette monnaie localisée, avec frais de dossier au passage… La monnaie locale n’est donc qu’une illusion de souveraineté, une prolongation de l’arnaque bancaire, bien que par certains aspects on puisse lui accorder de très petites vertus. A noter que tout véritable révolutionnaire monétaire passera de la monnaie locale à la monnaie libre, l’inverse ne s’est jamais vu…

Les S.E.L. (Systèmes d’Echanges Locaux) ou J.E.U (Jardins d’Echanges Universels) sont une alternative d’échange sans monnaie, quelque peu intermédiaire entre cette dernière et le troc. Le troc n’ayant jamais existé à grande échelle et les SEL étant incapables de gérer cette dernière, ni même celles bien inférieures, nous ne voyons également que peu d’intérêt pour cet outil qui contente l’œil comme diraient les tailleurs de pierre…

Le Bitcoin et autres cryptomonnaies : de prime abord ce sont des outils de spéculation financière, éventuellement d’échanges hermétiques, mais leurs principes de création monétaires ne prenant pas en compte les notions de justice sociale et de métrologie, nous ne pouvons en rien déceler leur potentiel révolutionnaire…

Le revenu universel classique, qui revient comme un serpent de mer parfois, n’a aucune vertu sur le plan de la création monétaire. Sa mise en place par une élite corrompue ressemblerait plutôt à un crédit social qu’autre chose et même sans cela, il semble être un pansement sur une jambe de bois…

Enfin on parle quelques fois d’un monde sans monnaie. C’est un vœu pieu et tout bonnement irréalisable à notre époque pour des raisons civilisationnelles évidentes. Un jour peut-être, quand l’être humain aura ascensionné vers une compréhension holistique de l’univers… 

Les objections

Elles sont nombreuses et de toutes natures comme pour tout système radicalement différent qui se respecte, nous allons donc nous concentrer sur les plus recevables. D’abord celle du temps long et de la nécessité de mettre en place une économie cyclique avec une prise de conscience généralisée de la part des populations. Mais le militantisme sert à renverser des montagnes et les conditions objectives vont probablement nous y aider plus vite que prévu…
Vient l’aspect technologique : comme dans toute société civilisée, il faut déléguer une part de sa confiance à des tiers, chacun ne pouvant maîtriser l’intégrale complexité de notre monde. In fine, on pourrait dire que les informaticiens ont le pouvoir mais n’oubliez pas que nous sommes sur des systèmes ouverts (open sources), qu’il existe donc du contrôle mutuel et pluriel, et que l’accaparement et le détournement d’une bonne partie des ressources serait largement visible en plus d’être relativement inutile…

Quant aux coupures du système volontaires ou accidentelles, soit elles sont gigantesques et nous aurons d’autres problèmes que toute forme de monnaie, soit elles sont localisées dans l’espace et dans le temps et la blockchain de la monnaie libre peut largement y résister.

Un peu de prospective sur la notion de travail dans un monde sous monnaie libre

Se risquer à de la prospective générale dans un monde en monnaie libre peut nous amener très (trop ?) loin aussi nous allons nous concentrer sur la notion de travail ici.

En monnaie libre, la notion de croissance économique n’a plus cours, plus personne n’a de nécessité à exploiter le travailleur pour la production d’objets, de services, de biens inutiles ou mal conçus. La notion de salariat disparaît. Tout le travail redevient un travail nécessaire qu’il soit pour sa propre subsistance ou à une échelle plus collective qui le nécessiterait. Le Dividende Universel fait donc office de revenu de base qui est une assurance contre la précarité, chacun peut donc se lancer dans les initiatives ou projets de son choix sans craindre pour l’avenir. On peut imaginer un retour des corporations qui seraient les garantes du savoir productif et de sa transmission. Le D.U, plus qu’un revenu de base ou une assurance-chômage, permet de mesurer et de rétribuer le travail dit caché en capitalisme. La mère au foyer est « payée » tout comme le bénévole du club de sport local qui apporte plus à la jeunesse que n’importe quel éducateur social actuel.
Les meilleurs ou plus valeureux percevront le fruit de leur travail. Ils auront un capital plus important que le reste de la population mais avec une limite mathématique et comportementale, et ne pourront devenir des parasites « du haut ». Plus de parasites en bas non plus, puisque chaque être humain produit sa propre monnaie et pour parasiter quoi au juste ?

Tout ça paraît très idyllique mais ne découle pourtant que d’une comparaison rationnelle entre deux systèmes monétaires.

Conclusion

La monnaie libre, derrière son caractère utopiste apparent, paraît une des alternatives les plus sérieuses à l’asservissement collectif des peuples et ce pour plusieurs raisons. D’abord le concept est d’un sérieux implacable, puis il permet de toucher le cœur atomique du Système sur le plan pédagogique et sur le plan pratique par la suite. Enfin, nos sociétés étant désarmées sur les plans moraux, intellectuels tout comme matériels, une révolution classique n’a jamais autant paru si mal engagée, nous serions peut-être mieux inspirés d’arroser les pieds d’argile du colosse qui nous surplombe plutôt que de croiser le fer avec lui…

Et quoi de plus cohérent que d’accompagner le retour à l’autonomie énergétique et alimentaire par l’autonomie de la production monétaire et toutes les transformations profondes que cela peut engager ?

Après la réconciliation de la Gauche du travail et de la Droite des valeurs, il semblerait même que la monnaie libre réconcilie Marx avec une certaine forme de monnaie, d’absence de l’état et d’égalité sociale. Cela ne vous donne-t-il pas envie de continuer de creuser le sujet ?

Laurent Mangiaracina

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.