La révolte Queer contre le monde post-moderne.

C’est la dernière contre-culture à la mode chez les 12-25 ans : Queers, Transgenres, Otherkini, Non-binaires, asexuels… et une pléthore d’autres « identités » envahissent les descriptions de ces jeunes sur les réseaux sociaux. Tous revendiquant haut et fier leurs différences sur fond de justice sociale. Il est facile de dire que cela n’a aucun sens, que ce sont des jeunes en manque de repères, ou même des malades mentaux, ce que certains revendiquent aussi en réaction. Mais nous pensons que ce phénomène, certes marginal mais intégré dans un système de promotion médiatique, se doit d’être analysé et critiqué en dehors de toute passion idéologique.

La déconstruction poussés aux limites.

Un retour sur la base de ce phénomène s’impose. Enfants d’une société où Mai 68 et son aspiration à la déconstruction des mythes et traditions ont triomphé dans la pensée dominante, nos jeunes rebelles questionnent et remettent en cause ce qu’ils sont, d’où ils viennent, où ils vont ̶ passage normal de la construction de la personnalité. Ce qui est inédit, c’est que la remise en question ne passe plus par une révolte contre les acquis culturels transmis par leur éducation, comme a pu l‘être le punk par exemple. Ou plutôt, et c’est là que l’idéologie de la déconstruction entre en jeu, qu’ils considèrent que leur orientation sexuelle, leur genre, leur pathologie, leur race et même parfois leur humanité est une construction sociale dépendante d’une culture donnée, forcément arriérée et oppressive.

La volonté de Progrès avait donné chez Marx la lutte des classes, son modèle repris par les féministes la lutte des sexes, et chez ceux que nous nommerons pour plus de facilité les Queers, la lutte de toute personne opprimée contre toute personne dominante. Ce mille-feuille d’oppressions perçues donne alors lieu à une revendication chaotique de particularismes érigés en modèles. Homosexualité, transsexualité ont une histoire : plus ou moins bien tolérées selon les époques et les cultures, les Queers ne retiennent qu’une vision binaire de leurs gloires et leurs malheurs pour appuyer leurs idées d’arguments, souvent approximatifs, bourrés de contresens, décontextualisés, déracinés. Ils réclament désormais que ces transgressions soient acceptées de fait : il faut se déconstruire pour plus de tolérance, il faut respecter les sentiments de chacun, dans la bienveillance, à condition que ces sentiments soient valides, qu’ils tendent vers le Bien, c’est-à-dire pour eux, vers le Progrès sans bornes. Il n’y a plus de place pour les sentiments réactionnaires, rétrogrades, intolérants. Et ils n’hésitent pas à recourir au lynchage public façon #balancetonporc si ce n’est pas respecté : la Dictature de la pensée, c’est le prix à payer pour un monde arc-en-ciel.

Globalisation et Individualité.

Face à la post-modernité qui se dessine de plus en plus clairement sous nos yeux, le constat est équivoque : nous tendons vers un monde globalisé. Internet efface les distances et les nationalités, la Marché est global, l’anglais s’impose comme langue de la communication 2.0., les identités et les modes se fondent et se confondent mondialement. Mais dans ce contexte d’uniformisation des modes de vies, émerge l’individu Roi, véritable paradoxe des temps présents, et signe réel d’une réaction instinctive face à la globalisation. Nos Queers en sont l’incarnation symptomatique la plus aboutie.

Épars dans la vie locale, ils sont légion sur la toile. Muets dans le quotidien, ils s’expriment via leurs blogs et les réseaux sociaux. Ayant intégré au plus profond d’eux même cette globalisation ils ne la remettent pas directement en cause : se revendiquant de « gauche », ils ont une posture libérale-libertaire, anti-raciste, anti-fasciste, pro-LGBTQIA+.

Le modèle Marxiste intégré lui aussi, toute action n’est justifiée que par l’oppression subie. L’individu ne doit donc exister qu’à travers sa lutte contre les oppressions qu’il expérimente, qui peuvent être combinées, superposées : c’est l’intersectionnalité, qui leur garantit une protection de groupe pour des revendications individuelles, qui visent à prouver et faire valider par la masse leur unicité. Le Queer se voit comme un être sensible, fragilisé par un système réactionnaire et oppressif, unique, maître de son existence, de ses choix, de son identité, libéré de tout déterminisme. Au « Deviens ce que tu es » de Nietzsche, il substitue « Sois ce que tu veux ». Véritable transcendance vers le bas, être Queer, c’est embrasser avec acceptation nihiliste ses fantasmes, et se vautrer dans l’illusion que l’individu n’a ni passé, ni futur, aucuns devoirs, et doit tendre à avoir toujours plus de droits, si possible validés par la législation.

La tragédie de la perte du Sacré

Le besoin de validation est le plus caractéristique chez ces jeunes. Ce qui nous permet de nous poser la question suivante : Qu’est-ce qui, Traditionnellement, validait nos existences, leur donnait un sens ?

Pour reprendre Mircea Eliade, « L’élément essentiel de la condition humaine est le sens du sacré ». Or il suffit de regarder autour de nous pour voir que le sacré s’est dérobé, et avec lui le sens de la quête personnelle. Nos Queers, en perpétuelle recherche, voire réinvention, de leur identité ont eu l’instinct de partir en quête. Mais leur héritage socio-culturel ne leur donne pas les bonnes clés. Leur recherche du Moi passe uniquement par la déconstruction et laisse des individus en pièces détachées. En révolte, légitime, contre un monde dystopique, ils ont oublié l’essentiel : le sens du Sacré, le respect de l’ordre naturel, seul véritable moyen de lutte dans une non-société qui a détruit la Tradition.

L’instinct sain de révolte des Queers a été perverti par près de deux siècles de progressismes délétères, mâtiné de puritanisme dans la plus pure forme anglo-saxonne, et nourri par Foucauld, Butler et autres chantres du système pour mener cette jeunesse dans une impasse idéologique, impulsée par un instinct de mort. Car les Queers sont bien les éclaireurs du champ de bataille qui oppose les progressistes à ceux qui veulent préserver nos civilisations. Idiots utiles du système, ils banalisent peu à peu le débat autour des questions de genre, contribuent à la destruction du patrimoine, font légiférer les Etats à leur avantage lorsqu’ils se constituent en lobbiesii. Les révoltés ne sont plus des opposants, mais des agents actifs au service du post-modernisme.

Que faire alors contre ce mouvement, touchant de plus en plus de nos jeunes, abandonnés devant leurs écrans, privés d’esprit critique ? L’enjeu est trop grand pour se lover dans une position réactionnaire, ou au contraire, se dire que c’est une mode qui passera. Rétablir le dialogue intergénérationnel, sortir du manichéisme, transmettre un esprit critique voire de défiance face au Progrès, et rétablir le sens du Sacré nous paraissent de bien meilleures options, certes plus fastidieuses, que quelques manifestations et contre-manifestations au cris de « on ne lâche rien ». Et pour conclure cet article, nous vous proposons de méditer et prendre acte de cette phrase de Nicolas Gomez Davilà « Tout ce qui peut interrompre une tradition oblige à repartir de l’origine. Et toute origine est sanglante. ».

Isabelle Suiste

i Littéralement « autre famille » le terme otherkin désigne une personne s’identifiant comme appartenant à une autre espèce, animale ou bien légendaire (dragons, aliens, fées…).

ii L’actualité de ces dernières années nous à prouvé que ces mouvements de justice sociale ont une force de persuasion : Mariage pour tous, Black lives Matter, Charlottesville, Affaire Weinstein, débat sur la PMA et la GPA, titres dans les médias…

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