Au bistrot avec Dominique Pagani : Nerval, Nietzsche, Wagner, Lénine …

Dominique Pagani est musicologue et philosophe. Disciple et ami de feu Michel Clouscard, dont nous avons souvent parlé dans Rébellion1, il développe à sa suite une forme de pensée néo-marxiste aux implications dialectiques rigoureuses, orientée en partie vers une critique radicale du libéralisme libertaire. Plus orateur et bretteur qu’écrivain, le Corse aux sourcils broussailleux – toujours érudit mais malicieux, subtil mais roublard – s’est prêté au jeu de l’entretien au cours d’un long apéro dans une petite gargote parisienne, sous le feu des questions de David L’Epée. L’intégralité de l’entretien est disponible en vidéo sur le site de notre camarade . Dans cette partie, Dominique Pagani en vient à ce qui est son sujet de prédilection depuis de nombreuses années : la fusion des genres artistiques. Il évoque dans la foulée quelques grandes figures qui lui sont chères : Rousseau, Hegel, Nerval, Nietzsche, Wagner, Lénine …

DL – Un de tes sujets de prédilection, c’est ce que tu appelles la fusion des genres (les genres artistiques donc, pas les genres au sens sexuel). Peux-tu me dire de quoi il s’agit ?

DP – Dans le monde ancien, celui d’avant la Révolution française, les genres artistiques et/ou littéraires étaient soigneusement séparés. Nous sommes modernes depuis que la frontière entre ces frontières s’est estompée, depuis que Baudelaire compose des poèmes en prose – alors que M. Jourdain, lui, faisait ou de la poésie ou de la prose, il fallait choisir ! A partir de la Révolution, à partir du moment où on oblige le roi à se coiffer d’un bonnet rouge au balcon des Tuileries, tout ça se mélange, car la séparation des genres avait tout à voir avec les hiérarchies sociales et en brouillant celles-ci, on brouille celles-là. La Révolution française ayant largement été une révolution bourgeoise, au sens avant-gardiste du terme, cette fusion  a été l’œuvre des classes moyennes – ou plus précisément, pour parler comme Clouscard, des « couches moyennes ». A l’origine de cette fusion se trouve quelqu’un dont je me demande souvent comment il a pu échapper à la folie, la folie moderne, celle qui résulte précisément de cette fusion : je veux parler de  Rousseau. Qu’il ait conservé sa raison tient du miracle car il était parti pour être fou intégral, déclassé comme il l’était, tiraillé entre deux mondes. Il était « paranoïaque » dit-on, mais le mot est bien mal choisi car les persécutions dont il se plaignait n’avaient rien d’imaginaire : quand on brûle tes principaux bouquins en place publique, que tu es décrété de prise de corps par les trois plus grandes puissances de ton temps (la Prusse, la France et l’Autriche) et que tu galères d’un domicile à l’autre, tout n’est pas dans ta tête, tu as de quoi être un peu inquiet quand même ! Voltaire, rappelons-le, avait réclamé sa tête sur un billot !

DL – Selon toi, la prise de pouvoir politique des classes moyennes correspond donc, dans l’ordre de la création, à l’avènement de la fusion des genres, des modes d’expression artistiques, c’est bien ça ?

DP – C’est exactement ça. Et c’est pourquoi toute modernité commence par se détester – d’où le mal du siècle, précédant le terrifiant siècle du mal. Des phénomènes modernes, sans rapport apparent, comme la vogue baroqueuse chez le mélomane classique ou le décroissantisme écologique, sont des avatars de cette (auto)détestation. C’est un thème qui m’obsède et que je ne vois véritablement traité nulle part. La modernité dont je parle commence, pour être précis, à la fois lors de la révolution industrielle anglaise et lors de la révolution politique française. Nous sommes les produits de ces deux craquements, qui sont de ceux qui ne surviennent que rarement, peut-être une fois tous les vingt siècles. Or peu après ce moment-là apparaît aussi le romantisme, la première idéologie au sens marxien, soit « la forme sous laquelle les hommes prennent conscience de ce conflit et le mènent jusqu’au bout »2, la première forme d’expression des couches moyennes. Hegel disait qu’il y avait l’Orient (le symbolisme), la Grèce (le classicisme) et la modernité (le romantisme). Ce sont les bons découpages qui sont opératoires, et c’en est un. C’est-à-dire qu’il est d’autant plus mauvais (abstrait, réducteur) qu’on le laisse ainsi dépouillé de toute la fabuleuse richesse du détail qui le remplit, le colore et l’anime. Ce qui a causé la folie de Hölderlin, c’est d’avoir réfléchi à cette question, personne plus que lui n’a pris au sérieux cette affaire de distinction des genres, chez les Grecs en particulier3 – l’alternance des genres épiques, lyriques et dramatiques dans le poème par exemple. Nerval, dans sa nouvelle Angélique, que je place au-dessus de tout (alors qu’on dit en général que c’est une œuvre un peu secondaire), celle qui ouvre le recueil des Filles du feu, s’est inspiré d’une anecdote historique : l’existence d’un amendement paru sous Guizot, qui interdisait aux auteurs de faire du roman-feuilleton. Ou bien vous faites de l’histoire ou bien vous faites du roman, vous ne mélangez pas les deux comme avec Alexandre Dumas où on ne sait jamais bien si on est dans la fiction ou non… Mais comme Dumas, Nerval, Théophile Gautier ou Eugène Sue à leurs débuts gagnaient leur pain en produisant du roman-feuilleton pour les journaux, ça les tuait dans leur mode d’expression. Surdéterminant génialement l’aspect conjoncturel du problème, Nerval s’aperçoit alors que la question des genres (où finit le récit historique ? où commence la fiction ?) n’a jamais été clairement posée. Or c’est le propre de la modernité de voir s’estomper ces frontières-là, de voir s’unifier tout ça dans un même courant (pour prendre une métaphore fluviale). C’est le moment où chez Wagner l’aria, celui de Figaro ou de Zerline, de la Norma ou de Rigoletto, se dissout dans l’hypnose d’une mélopée permanente, et là on ne sait jamais si on est dans le récitatif ou dans l’air car il y a fusion des genres, c’est ce qu’il appelle la « mélodie infinie » – on devrait dire indéfinie.

DL – Je me demande si dans une certaine mesure on n’est pas en train de revenir sur cette fusion, qui est apparue aux artistes d’alors comme une forme de libération. Dans le cas de la littérature par exemple où, selon les sujets traités, les auteurs ou les éditeurs prennent bien garde d’afficher en toutes lettres le mot « roman » sur la couverture afin, se drapant dans le voile de la fiction, d’échapper aux attaques de plus en plus féroces des nouveaux inquisiteurs, toujours prêts à rogner la liberté des écrivains au nom de nouveaux tabous et de nouvelles contraintes liées à l’idéologie dominante… Le mot « roman » est devenu, pour nos écrivains contemporains, le sous-titre désormais obligatoire pour échapper aux tracasseries judiciaires !

DP – Oui, c’est bien vu, seulement ces retours à des genres compartimentés ne font que répéter – au sens du dernier Freud – les tentatives antérieures du Parnasse (contre le romantisme) et, plus tard, du néo-classicisme (dans la poésie de Valéry ou la prose de Gide contre le symbolisme) : il s’agit à chaque fois d’exorciser l’insoutenable menace exprimée dans la radicale nouveauté du moment précédent. Peine perdue ! Voici que Baudelaire, par exemple, en un « frisson nouveau »4 ringardise du même coup la froide orfèvrerie du Parnasse avant que Rimbaud, à son tour, ne vienne dénoncer le cadre éprouvé de l’alexandrin que Les Fleurs du mal parvenait encore à maintenir. Je ne saurais trop attirer ton attention sur cette alternance incessante, propre au « sur place » de notre modernité créatrice, entre le retour aux formes définies et séparables, bientôt confondues, emportées dans le dégel d’un nouveau printemps et sa fonte des glaces. Une telle oscillation est elle-même un symptôme de cette interminable « fin de l’histoire », d’une certaine histoire dans tous les cas, de la « préhistoire humaine » comme dit Marx.

DL – Revenons-en à la musique puisque c’est un sujet que tu connais bien. La musique composée durant la période révolutionnaire a, comme de nombreuses autres créations de l’époque, puisé dans un idéal classique, un idéal antique même, comme ça a pu être le cas en peinture avec Jacques-Louis David par exemple. Faut-il y voir une continuité dans l’histoire de la musique, une nostalgie tentée par un retour en arrière ou au contraire une rupture annonçant la fusion des genres et inaugurant la modernité ?

DP – En France, ça n’a pas donné grand-chose. C’est vraiment l’Allemagne qui prend la relève à cette époque et, à part quelques exceptions comme Chopin et, dans la veine lyrique, l’opéra italien, c’est l’Allemagne qui va régner sur la musique de Bach jusqu’à Schönberg, en passant par les Schuman, les Schubert, les Brahms, les Wagner, les Mahler et autres « post-wagnériens »… Prends le cas du piano : Bach a été payé comme consultant pour tester et essayer les nouveaux pianos, il y a vu des défauts et on a tenu compte des améliorations qu’il proposait. La multiplication des pianos coïncide avec le développement de la bourgeoisie. On en trouve désormais un dans chaque foyer (la généralisation du salon ou living-room date de là), on enseigne son usage aux enfants « de bonne famille », il remplace le clavecin, il en devient la métamorphose démocratique-bourgeoise, amène l’intériorisation de la musique (le piano comme élément du foyer) alors qu’auparavant on allait l’écouter à la cour ou au théâtre de Bourgogne, c’est-à-dire dans un espace public. Le piano est par ailleurs un « instrument-orchestre », tout type de musique est reproductible avec lui – ce que le clavecin, qui est au fond une sorte de luth additionné d’un clavier, ne permettait pas car il ne dépendait pas de la force du toucher (c’est la différence entre la corde frappée et la corde pincée). Il n’y a que le piano qui permet ça, tu ne peux pas faire ça avec une flûte ni avec aucun instrument linéaire, aucun instrument de la succession. Avec le piano, qui n’est pas seulement à même d’exprimer la succession mais aussi la simultanéité, la bourgeoisie aura donc désormais la possibilité d’avoir pour ainsi dire un orchestre dans son salon ! Quelqu’un comme Chopin, qui n’a écrit que pour le piano et qui est en cela emblématique dans l’histoire de la musique, disait qu’à l’inverse de Liszt, il n’aimait pas tellement jouer dans une grande salle en public, il préférait les atmosphères intimistes, dans un salon avec un auditoire réduit. Car le piano c’est la musique privée, c’est l’intimité, c’est… c’est la première chaine hi-fi ! Et en musique, qu’est-ce qui est anti-moderne ? La vogue de la musique baroque. C’était elle qui régnait sur l’Europe avant la Révolution française. Cette musique, qui a la même isométrie constante que le rock (c’est pourquoi j’aime l’écrire « barock »5), évoque un monde où il y a une place pour chaque chose et où chaque chose est à sa place, le monde des Caractères de La Bruyère, un monde intemporel, structuraliste, un monde de la synchronie et pas de la diachronie… La modernité ne s’aime pas, je te l’ai dit, et c’est pour cela que ce sont les romantiques qui ont été les premiers à réhabiliter la musique baroque… qui ne déteste rien tant que les versions « romantiques » !

DL – On connaît ta passion pour Wagner, un des pionniers de cette fusion des genres, on connaît également ta passion pour Nietzsche. Or, entre les deux hommes, c’est tout d’abord une dispute d’ordre « musicologique » qui met le feu aux poudres…

DP – Une des plus belles pages de Nietzsche, c’est son compte-rendu de l’ouverture des Maîtres chanteurs. Si toutes les notices de disques de musique classique étaient écrites comme ça, ce serait merveilleux ! « J’ai entendu hier, écrit-il, toujours comme si c’était la première fois, l’ouverture des Maîtres chanteurs. Que de sèves et de climat, que de forces se mêlent dans cette musique ! Tantôt elle me semble surannée, lourde et pompeuse, tantôt d’une extrême jeunesse, capricieuse, âpre. De temps en temps elle a le côté flasque des fruits qui ont mûri trop tard… Cette musique exprime à merveille ce que je pense des Allemands : ils sont d’avant-hier et d’après-demain, ils ne sont toujours pas d’aujourd’hui. » Le fait est que Nietzsche fait partie des trois plus grands fous de la modernité aux côté de Hölderlin et de Nerval, et tous les trois sont hantés par ce problème de la fusion des genres. A l’époque de Monteverdi, l’opéra est déjà au cœur de cette impureté et on parle par exemple du parlando cantando, qui fusionne donc le parler et le chanter – fusion qu’on retrouve jusqu’à nos jours avec le rap ou le slam.

DL – Peut-on à la fois endosser le message de Nietzsche et vouloir réhabiliter le romantisme ? N’est-ce pas un peu contradictoire ?

DP – Se réclamer de la psyché amène, c’est vrai, à réhabiliter un certain romantisme. Et c’est là où l’usage actuel de Nietzsche fait fausse route à mon avis (car il y a bien, en effet, une critique nietzschéenne du romantisme, et des plus virulentes) car le vrai Nietzsche est pour moi un romantique jusqu’à la couenne, un romantique chrétien même, et personne ne l’a été autant que lui ! Il y a une grandeur et une profondeur de Nietzsche qui essaie d’échapper au regard du Crucifié (comme la Kundryie de Parsifal, il ne le peut que par le ricanement). Je déplore malheureusement un usage frauduleux de Nietzsche, qui date de Heidegger et qui nous détourne du Nietzsche tragique, souffrant, que j’aime beaucoup – celui qui dit : « Je suis fatigué de tous les poètes, ils troublent leurs eaux afin qu’elles semblent profondes » – qui n’est pas aveuglément esthétisant, qui tient à une certaine lucidité. Le romantisme que je voudrais voir réhabilité n’est évidemment pas le romantisme français (comme l’avait bien dit Rimbaud, la France est tellement marquée par le Grand Siècle que « son romantisme est étranglé par la forme vieille »), car il est vrai que Lamartine est au final plus proche de Racine dans l’expression et l’alexandrin que du je est un autre rimbaldien. Les romantiques allemands, eux, sont bien plus modernes, et la modernité que Baudelaire est censé inaugurer en France avait déjà en fait été exprimée plusieurs décennies avant dans l’explosion du romantisme nordique anglo-allemand. Nietzsche avait bien vu que Wagner avait un côté qui n’était pas allemand, qu’il était par exemple beaucoup moins allemand que Brahms (qui, chez les mélomanes français, n’est tout de même célèbre que depuis Françoise Sagan !), qu’il avait un côté universel, protéiforme. Tu te prends pour une incarnation de la germanité, mon pauvre vieux, alors que c’est à Paris que tu as trouvé ta manière ? C’est un peu ce que Nietzsche cherchait à dire à Wagner.

DL – Pourtant, dans sa Naissance de la tragédie, Nietzsche évoque déjà la question en se référant à un passé lointain, bien antérieur à cette révolution artistique, celui de l’Antiquité grecque. En séquençant comme il le fait l’histoire de la tragédie, il place des frontières et met en lumière des métissages, mais ni ces frontières ni ces métissages ne sont ceux auxquels on pensait jusque là, et c’est qui ce donne ce caractère novateur, voire révolutionnaire, à son ouvrage.

DP – Oui, c’est en effet quelque chose qu’il avait été le premier à pressentir. Mais pour lui comme pour Hölderlin et Nerval, cette conscience-là est un danger mortel, le danger de basculer dans la folie.

DL – Je ne comprends pas bien ce parallèle avec Nerval…

DP – Prenons le théâtre par exemple, qui est le genre mondain par excellence. Nerval a toujours rêvé d’être l’auteur de la pièce qui subjuguerait le public : La Reine de Saba, et il a complètement échoué. Il écrivait à son père, qui avait été médecin dans la Grande armée : « On devrait peut-être aller en Allemagne parce que là-bas tout le monde est fou, et donc là-bas moi je ne le serais pas. » Nerval, c’est tout le contraire d’un Baudelaire qui tape sur la table ou d’un Rimbaud qui innove, il adore se couler dans les conventions, il cherche avant tout à s’intégrer à ce qui marche bien, c’est pour ça qu’on a mis du temps à le reconnaître comme auteur de premier plan. Il aura fait preuve d’une discrétion littéralement suicidaire. Dans le plus bel hommage fait à Nerval, Baudelaire écrivait : « Il y a un an jour pour jour, un homme a recherché la nuit la plus infâme de Paris pour y délier son âme dans la rue la plus noire qu’il pût trouver, avec une discrétion qui ressemblait à du mépris. » Baudelaire avait compris Nerval. En 1851, Nerval sort d’une énième crise qui ressemble beaucoup à de la maniaco-dépression, à de la cyclothymie, il passe constamment de la déprime totale à l’euphorie mystique. A chacune de ses guérisons, il voyage, ses amis lui trouvent une raison sociale quelque part à l’étranger quand bien même ils ne l’ont jamais vraiment pris au sérieux comme écrivain. Or il vaut toujours mieux être inconnu que méconnu : l’inconnu peut bénéficier un jour d’une réhabilitation, d’une découverte, alors que le méconnu sera forcé de surmonter les préjugés du public – et Nerval a malheureusement toujours été un méconnu. Il s’évade de l’angoisse de la folie par le voyage, qui le rend à nouveau créateur (car la folie est souvent venue d’un doute sur ses capacités d’écrire), qui le féconde. Et il écrit à Jules Janin : « Hier soir en touchant les bords du Rhin, j’ai retrouvé ma voix et mes moyens, j’ai écrit un sonnet en passant de Strasbourg à Bade. » Nerval est quelqu’un pour qui les frontières étaient plus des espaces que des lignes, il se plaisait dans l’entre-deux, c’était le traducteur de l’Allemagne en France, il était dans une médiation permanente entre les deux, entre les lumières françaises et la nuit du romantisme allemand, de Novalis à Tristan. Voire même – pour en arriver à la modalité la plus transgressive et la plus actuelle de ce refus des anciens clivages – par-delà l’opposition entre paganisme et christianisme, lorsqu’il se présente, dans son poème le plus connu, « modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée, les soupirs de la sainte et les cris de la fée »…

Une séquence historique de Rousseau à Lénine

DL – Tu dis te situer dans l’héritage d’une séquence historique allant de Rousseau à Lénine. Peux-tu m’expliquer ce que tu entends par là ?

DP – C’est une séquence qui passe aussi par Kant, par Hegel, par Marx, par Rimbaud, par Wagner, par Nietzsche… Examinons Rousseau tout d’abord. Au rebours de l’imagerie constituée, c’était en fait un formidable jouisseur. Prends les Confessions, tu verras qu’on a affaire à un homme qui n’arrête pas de chercher la jouissance. Souviens-toi de la scène de la cueillette des cerises avec ces deux jeunes femmes qui le charment tout au long d’un bel après-midi d’été, Mme de Graffenried et Mme de Galley. Jean-Jacques sur son arbre cueillant les cerises et les jetant dans les corsets des deux demoiselles… Je défie toute la littérature libertine de déchainer une libido plus intensive que dans ces quelques pages ! Regarde les Philippe Sollers, et nombre de ces auteurs  qui appellent à « baiser » à la barbe de tout romantisme ou de tout idéalisme. Pourtant, leur rêve secret, commun à tous ces « libérés » post-sadiens, c’est d’avoir une aventure sentimentale en Irlande avec une journaliste de France Culture ! C’est ça l’accomplissement érotique pour eux,  structurelle impuissance du libertin ! Parce que s’il ne s’agit que d’aligner les plans cul, tu vas à Pataya, ça fait tout à fait l’affaire !

DL – C’est le fameux thème de la « sexpatriation » si souvent illustré par François de Negroni, notamment dans son livre sur le tourisme sexuel en Thaïlande6

DP – Exact ! Avec François justement, on a eu un jour une proposition d’un gros éditeur (qui a disparu maintenant) qui nous offrait 400’000 francs d’à-valoir, ce qui était beaucoup pour l’époque, pour écrire un bouquin à ce propos. Et François, comme tous les vrais libertins, ceux de l’implacable exigence à l’égard de soi-même, est un mec hyper sérieux. En préalable à tous ses écrits, il bûche énormément sur son sujet. Par exemple quand il travaillait sur son livre Le Savoir-vivre intellectuel7, il était même allé consulter des interviews de Sartre dans Playboy, là où les écrivains se lâchent plus facilement que dans Le Monde des lettres ! Bref, il avait fait beaucoup de recherches, et s’était aperçu que les produits qu’on vend en Thaïlande aux touristes de passage en tarifs avantageux étaient, pour la quasi totalité, des produits destinés au couple. Or, ce n’est pas en couple que le quidam va se taper des filles de quatorze ans là-bas, ce n’est pas quand il y voyage avec sa femme ! Ce qui prouve donc que la pédophilie, la « sexpatriation » honteuse, est majoritairement le fait non pas des touristes mais des « sexpatriés » qui sont là à demeure, comme les collaborateurs des ONG, des associations humanitaires, caritatives, etc… Quand on devait écrire ce livre, on nous a passé plein de cassettes de films X asiatiques comme matériaux de réflexion. En les visionnant, je me suis fait la réflexion que la principale obscénité n’est pas ce qui se passe entre un homme et une femme et que nous accomplissons de la même manière depuis des dizaines de millénaires (c’est obscène de le montrer, ce n’est pas obscène de le faire). Non, ce qui est vraiment obscène, non pas au sens visuel mais au sens moral, c’est qu’on fait comprendre au travailleur immigré en train de se branler devant son film porno que les femmes qu’on lui montre lui restent inaccessibles pour des raisons de prestige financier. On trouve dans ces films autant de coupes de champagne en plein sea, sex and sun que dans les clips de rap bling-bling ! Ces éléments censément « glamour » ne sont au fond que des marqueurs de classe. Ce qui confirme ce que disait Clouscard, à savoir que l’essence de la possession, au sens matériel et financier, c’est encore et toujours l’éros. La praxis produit la psyché : c’est ça Clouscard ! Sollers, tout comme les pornocrates, veut nous dissuader, toi et moi, d’avoir un accès direct à la jouissance pour pouvoir se la garder pour lui, en fait pour sa classe, celle de la domination Bobobobo (bourgeois, bohème, bouddhiste et bonobo) !

DL – Il n’empêche que pour Rousseau, il s’agit d’une jouissance plutôt épicurienne, au sens philosophique du terme, c’est-à-dire non dénuée d’une certaine austérité. Contrairement à un certain nombre des Encyclopédistes, ses contemporains, dont les jouissances étaient aristocratiques et orgiaques, les siennes ne l’étaient pas, il jouissait pour ainsi dire à l’antique…

DP – Je parlerais plutôt de frugalité que d’austérité. Celle-ci mesure l’avoir, au sens quantitatif, celle-là le transforme qualitativement pour accroître le potentiel de jouissance et non pour le diminuer. Mais tu connais bien le concept freudien de sublimation : l’immense sphère de la libido ne se réduit pas à la monotone génitalité, et il y a diantrement plus de bénéfice libidinal dans un sextuor de Brahms que dans les fastidieuses sodomisations en chaîne auquel le « divin marquis » soumet trente-six nonnes d’affilée toutes les vingt pages en divers couvents ! Quand Rousseau est enfin dans la jouissance, cette fois au sens directement sexuel, avec une prostituée italienne, la belle Vénitienne Giulietta, elle lui conseille de laisser tomber les femmes et de retourner faire des mathématiques… A chaque fois qu’une femme se montre aimable ou aimante avec lui, Rousseau ne peut s’empêcher de la soupçonner d’un défaut, d’un vice, un téton en moins, une maladie vénérienne… C’est le dernier châtiment immanent, auto-castrateur, qu’il s’impose ! 

DL – Mais pour revenir à cet épisode rousseauiste des cerises, n’as-tu pas l’impression qu’on est là plus dans le bucolique que dans le libertin ?

DP – En plein ! Mais loin que ceci contredise cela, c’est plutôt l’occasion de rappeler que la Bucolique primitive, celle qui inaugure le genre (on y revient sans cesse), c’est l’emblématique Daphnis et Chloé du Grec Longus, superbe crescendo de l’innocence à peine pubère à la salacité consommée des chevriers ! Le patricien romain, éco-salace avant la lettre, ne ratait pas l’occasion d’une virée bucolique dans la voluptueuse Campanie où rien n’est plus facile que de subjuguer la première bergère venue dans des conditions de fraicheur physique et de modicité pécuniaire devenues introuvables dans les bouges de Suburre ! De quoi Rousseau jouissait-il sur l’île Saint-Pierre ? Là on n’est plus dans le plan cul, mais plutôt dans « le précieux farniente » (c’est un Corse qui te le dis !). Je me souviens encore de mon premier voyage à l’île Saint-Pierre… J’avais 17 ans, c’était ma première grande balade en auto-stop, elle m’a emmené au bord du lac de Bienne, en Suisse, sur les traces de Jean-Jacques. Je venais d’Afrique alors mon exotisme, ce n’était pas le palmier, c’était le sapin… J’avais été un peu frustré de ces paysages-là que je ne connaissais que par les livres. J’ai donc pris le bateau à la Neuveville pour débarquer sur l’île un quart d’heure après. Des deux communes bordant l’île, la Neuveville et Erlach, l’une est alémanique et l’autre est francophone. Or il se trouve que la cinquième promenade des Rêveries d’un promeneur solitaire inaugure la fusion des genres – je ne parle que de cela ! – la modernité littéraire, avec la phrase longue, la phrase pré-proustienne, pré-flaubertienne, pré-chateaubriannesque. « Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles qui frappait sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléait au mouvement interne que la rêverie éteignait en moi et suffisait à me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. » On n’avait jamais vu des phrases comme ça, jamais ! Autant Rousseau était mauvais écrivain au début, son Discours sur les sciences et les arts est ampoulé, il y a des hauts et des bas, autant là c’est devenu fluide, c’est devenu la magie moderne. La prose poétique apparaît enfin ! Jusqu’à Proust, jusqu’à Gracq, jusqu’à Nabokov, on va creuser ce sillon-là.

DL – Tu veux dire que cette fusion-là des genres (la prose et la poésie) n’était que le reflet de la fusion culturo-linguistique entre l’allemand et le français dans la zone géographique Erlach-la Neuveville du côté de l’île Saint-Pierre ? Ce n’est pas un peu tiré par les cheveux ?

DP – Disons que c’est un hasard géographique qui tombe plutôt  bien. Mais y a-t-il un hasard ? Je finis par  en douter. A la limite, au sens topologique du terme, entre les Lumières françaises et la nuit romantique allemande, survient l’ultime Rousseau. Les Hymnes à la nuit de Novalis, c’est l’intuition, c’est le rêve, c’est l’onirisme. Comme le murmure Tristan au deuxième acte, « puisse le jour ne jamais revenir ! » Rousseau, c’est cette synthèse, il n’est pas devenu psychotique, ce n’est pas Hölderlin. J’admire le fait qu’il s’en soit sorti alors qu’il avait tout pour devenir fou, pour finir comme un Van Gogh, Nerval, Nietzsche ou Artaud

DL – Qu’est-ce qui fait qu’un Rousseau s’en sort et qu’une Nietzsche, par exemple, ne s’en sort pas ?

DP – La trop belle question que je suis trop heureux de t’entendre poser tant elle condense les enjeux les plus actuels ! Parce que Rousseau reste « léniniste » (je fais de l’anachronisme à dessein), il sait que c’est le collectif qui est décisif. Tout de même, c’est le seul auteur capable d’écrire à la fois La Nouvelle Héloïse ET Le Contrat social, la Cinquième promenade ET Le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes ! C’est bien le seul, jusqu’à Clouscard, à conjuguer la révolution dans la Praxis et l’accomplissement intérieur dans la Psyché, le seul !

DL – C’est donc en cela qu’il n’est pas un romantique mortifère et en cela qu’il survit alors que Nerval met fin à ses jours. Il n’est pas dans la déploration de soi, et ce du fait justement que pour lui le collectif prime.

DP – Tout à fait, et c’est pour ça que Nerval dans cette nouvelle, Angélique, que je place si haut, revient rôder vers la tombe de Rousseau, parce qu’il sent qu’il existe une solution au « Mal du siècle ». La seule solution, celle  qui ne cesse de s’élever des eaux paisibles de l’étang qui entoure l’ultime insularité du proscrit vers le bruissement mobile et multiple des feuilles de peuplier – littéralement : des peuples libérés – ce qui leur à échappé à eux, la génération des « enfants du siècle ». 

DL – Dans cette séquence historique qui s’étend de Rousseau à Lénine, tu places également Hegel. Comment se situe le philosophe d’Iéna face à l’irruption de cette modernité, à ce triomphe des classes moyennes ?

DP – Qu’est-ce qui pour Hegel caractérise la fin de tous les cycles esthétiques ? C’est l’humour et l’ironie, toujours. Ainsi c’est Aristophane qui termine le cycle esthétique grec. Or, Musset est un des premiers auteurs de ce qu’on peut appeler le romantisme terminal, c’est le début de la fin et on rigole avec lui, pour la première fois ! « La lune comme un point sur un i » : ça c’est du Musset, il y a un côté fantaisiste, ironique, grinçant ! Tu ne trouves pas ça chez Lamartine par exemple, qui est plus grave, plus élégiaque. Ce type d’auteurs indique toujours la fin d’un cycle. Et c’est pareil de l’autre côté du Rhin : le romantisme allemand, ça commence avec des Hölderlin, des Novalis, mais ça se termine par des Mörike et des Heine (le plus français des Allemands, comme Nerval est le plus allemand des Français).

DL – Et c’est donc Lénine qui clôt cette séquence…

DP – Dans son testament, Lénine écrit qu’il y a deux hommes qu’il faut à tout prix écarter du Comité central, c’est Staline et Trotski. Et quand je pense que les trotskards n’avaient, pour critiquer les staliniens, que le mot « bureaucratie » à la bouche, je ne peux m’empêcher de sourire, à me rappeler que ce que Lénine reprochait à Trotski,  c’était justement d’être « trop attaché au côté administratif des choses ». C’est écrit en toutes lettres dans le testament ! Autrement dit, si on avait écouté Lénine, on aurait écarté les deux protagonistes du futur Mai 68. Trotski ne voulait pas signer la paix de Brest-Litovsk, cela en dit long ! Car enfin, si les soldats du Tsar ont basculé du côté du bolchevisme, c’est parce qu’on leur avait promis la paix et qu’on les avait envoyés au casse-pipe dans des conditions épouvantables, avec des fusils postiches en bois pour nombre d’entre eux ! Quant à Staline, il ne faut pas se leurrer : sous son pouvoir, Lénine aurait été fusillé… Alors quand je pense qu’aujourd’hui, je me fais traiter de khroutchevo-gaulliste par des gens censés être staliniens alors que je me suis fait traiter de stalinien toute ma vie par les gens de l’autre bord… oui, le mieux est d’en sourire.

DL – Qu’est-ce qui fait donc de Lénine un cas particulier ?

DP – Eh bien par exemple Lénine est le seul grand dirigeant révolutionnaire à avoir opéré, et même accompli, ce que j’appellerais l’immense détour théorique, effectué à la faveur de l’exil en Suisse, près de Berne, exil durant lequel il prend enfin le temps de lire Hegel avec une grande attention. C’est un lecteur prodigieux, et il est rare qu’une lecture fasse changer quelqu’un aussi radicalement que ce fut alors le cas. Loin de privilégier les textes « concrets » (Philosophie de l’histoire, politique à l’œuvre dans la Philosophie du droit, etc.), il aborde carrément la « grande » Logique, très méfiant au début de sa lecture, pour tout ce qui fait allusion à Dieu, à la mystique, à la métaphysique (tu le vois à ses commentaires dans les marges), et plus il progresse dans sa lecture, plus il  craque jusqu’à l’enthousiasme. Au point qu’arrivé au chapitre sur « l’Idée absolue » (quel programme pour ce bolcho-marxiste endurci !), on trouve, encadré par lui en marge du livre, cette note : « Ce passage est  archi-remarquable, c’est le plus idéaliste et le plus matérialiste : c’est contradictoire mais c’est un fait. » Et il ajoute, en forme d’aphorisme : « Tous ceux qui lisent Marx depuis un demi-siècle n’ont rien compris car il faut d’abord lire toute la Logique de Hegel pour réellement comprendre la première section du Capital. » Bon, moi je n’ai pas envie de faire une communication sur Hegel et Lénine devant un parterre d’agrégés, ça ne m’apporte rien et ça n’apporte rien à l’humanité. Les études hégéliennes ne se sont jamais si bien portées, on voit apparaître aujourd’hui nombre de traductions inédites, mais ça reste très confidentiel, ce sont des petits colloques entre universitaires qui se font plaisir, ça n’interpelle personne – alors que Socrate, lui, risquait sa vie en interpellant les gens dans la rue. Voilà deux manières très différentes d’envisager la philosophie, non ? Clouscard, quant à lui, a aussi pris beaucoup de risques et n’a pas hésité à engager sa solitude totale alors qu’il aurait pu être le philosophe officiel du PCF s’il avait fait le choix inverse, celui de la contre-révolution althussero-foucaldienne qui faisait alors les délices des salons.

DL – Après avoir comparé Clouscard à Rousseau, voilà que tu le compares à Socrate !

DP – Et je reviens une dernière fois à Rousseau, pour boucler le cycle qui nous a amené jusqu’à Lénine ! Je fais toujours un parallèle Rousseau-Clouscard, les deux ont exactement le même positionnement par rapport à l’intelligentsia dominante de leur époque. Dans les deux cas c’est « le Huron » qui surgit à la cour des grands, avec son accent du Léman qui fait rire les bobos (pardon, les « précieux(ses) »)… J’ai écrit la préface, pour les éditions Materia Scritta8, de l’édition bilingue (corse-français) du projet de constitution pour la Corse de Rousseau. Rappelle-toi ce qu’il en écrivait dans le Contrat social : « J’ai l’impression qu’un jour cette petite île étonnera l’Europe »… Clouscard, lui aussi, était tombé amoureux de la Corse, et quand je la lui ai fait connaître, il ne l’a plus quittée. Il y revenait chaque année et à la fin il y restait de mai à novembre. Je le revois encore sur la terrasse avec sa bouteille de vin et son riz au crabe… C’était très touchant car il avait été adopté par tel pêcheur ou barman de Calvi. Et le jour où Georges Marchais a débarqué à Bastia pour faire campagne, il s’est rendu sur le marché et un poissonnier communiste de nos amis lui a offert un exemplaire de L’Être et le Code accompagné d’un hareng !

DL – L’Europe latine, le Grand Midi… On en revient à Nietzsche, au Nietzsche des derniers temps.

DP – Nietzsche avait un bon rythme avec toutes ses villégiatures européennes : l’été en Haute-Engadine, l’hiver à Turin, à Nice, à Gênes… D’ailleurs son rêve, lorsqu’il était à Nice… c’était d’aller en Corse ! Il écrit alors cette phrase magnifique : « Je sens – et mon génie est dans mes narines – qu’entre Nice et la Corse commence la sphère africaine. » Il avait très bien vu. Les voûtes des chapelles corses font penser à des mosquées, ça sent le monde maghrébin, ça sent le monde arabe, ça sent l’Orient, c’est le rivage des Syrtes, la limite entre la terre des déserts et la terre de la chrétienté. Et tu connais ma passion pour l’Afrique, nous en parlions tout au début de notre conversation. Je confesse d’ailleurs à cet égard ce que d’aucuns imprécateurs professionnels taxeraient de « racisme » dans le sens où j’adore les Subsahariens, contrairement aux Antillais par contre, plus engoncés dans le discours identitaire. Sans doute est-ce ma biographie qui veut ça. Je vais même te dire jusqu’à quel point je suis raciste : quand je vais au Sénégal je ne me sens pas encore en Afrique, c’est encore trop au nord, trop  près de l’Europe.

1Les lecteurs pourront notamment se reporter à l’article Michel Clouscard : le capitalisme de la séduction, paru dans le n°46 de Rébellion (janvier-février 2011)

2Karl Marx, Contribution à la critique de l’économie politique, préface de 1859

3cf. par exemple Hölderlin, Remarques sur les traductions de Sophocle

4« Vous avez créé un frisson nouveau » : célèbre adresse de Victor Hugo dans une lettre à Baudelaire en 1857

5Il est fascinant de noter que le retour au « merveilleux répertoire baroque » rencontre la faveur des mélomanes à partir des fifties, au moment même où le rock’n’roll impose, pour plusieurs générations, la même déferlante métronomique, dépouillée de toute la richesse mélodique et/ou harmonique de Corelli ou Bach, réduction nécessaire à l’extension mercantile de la « nouvelle » métrique aux masses socialement inférieures.

6François de Negroni, Old is beautiful, Materia Scritta, 2010

7François de Negroni, Le Savoir-vivre intellectuel, Delga, 2006

8Jean-Jacques Rousseau, Projet de Constitution pour la Corse / Prughjettu di Custituzioni pa a Corsica, Materia Scritta, 2012

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