Ouvrons le débat : La nécessité de la Terreur ?

Un avis tranchant de notre camarade Pierre Lucius … 

Dans le cadre d’un conflit social généralisé, des mesures pour le salut de notre cause seront probablement nécessaires : parmi celles-ci, il faut envisager sans mélodrame une politique de Terreur. En effet, contrairement à l’image bourgeoise de massacres injustes et sans fin, la Terreur est souvent imposée à ceux qui la manient et permet d’abréger, avec la lutte, les morts inutiles.

La terreur révolutionnaire est défensive

La nécessité d’une forme de terreur révolutionnaire vient du combat contre la bourgeoisie, laquelle n’hésite jamais à y avoir recours, sous toutes ses formes, du terrorisme intellectuel relativement bénin à la répression policière la plus acharnée, sous couvert d’une forme quelconque de « patriot act » et n’hésitant pas à s’appuyer sur des groupes extérieurs, que ceux-ci en soient conscients (corps francs contre-révolutionnaires) ou non (« antifascistes » autoproclamés). Un exemple récent assez intéressant est l’attitude de la police censée protéger les citoyens contre la « racaille » lors des manifestations parisiennes du CPE en 2006 : celle-ci laissa des bandes de lumpen-prolétaires piller les cortèges étudiants et lycéens en toute impunité, préfigurant à mon sens une alliance objective entre le banditisme banlieusard et l’oligarchie mondialiste : cette alliance de fait, existant depuis le XIXème siècle, étant vouée à la reproduction.

Une forme de terreur instrumentalisée par l’oligarchie est aussi ce qu’on pourrait appeler « la terreur épouvantail » qui permet d’instrumentaliser les masses : ainsi voit- on l’utilité du terrorisme islamiste ou des vilains fascistes du type Aube Dorée ; ainsi les oligarques russes des années 1990 qui se prétendaient les piliers de l’État de droit tout en finançant les rebelles salafistes en Tchétchénie. Les services secrets, censés protéger les intérêts nationaux, se comportent aussi fréquemment en police politique : les exemples sont légions, du maccarthysme à l’affaire du Rainbow Warrior. C’est ce que l’on nomme avec raison le monopole d’État de la violence légitime. Et tout ceci en n’abordant même pas la terreur au travail et son cortège de burn-out et de suicides.

Quelles peuvent être alors les mesures de contre-terreur à adopter pour lutter contre nos ennemis ? Je pense qu’une partie importante de cette lutte découle sans problème de l’application d’un véritable programme socialiste, patriotique et populaire. D’autant plus que la lutte contre le système aura une échelle ou en tout cas un retentissement mondial.

Le problème des mesures alternatives, pourquoi des mesures terroristes s’imposent

Deux autres possibilités de résistance, souvent mises en avant, ne fonctionnent que dans un cadre bien spécifique et sont le plus souvent inefficaces : il s’agit de la résistance non-violente, basée sur la désobéissance civile, et le terrorisme de type individuel. Il ne faut ainsi pas oublier que malgré les exemples sans cesse rabâchés d’un Gandhi ou d’un Mandela, ce type de succès est extrêmement rare et situationnel : il n’a permis la chute que de régimes totalement isolés et sur le déclin ; de plus, le rôle des organisations armées, des émeutes et des mutineries a été sous-évalué.

Le contexte d’une pure lutte nationale contre une poignée d’occupants est aussi bien différent de celui d’une lutte révolutionnaire de classe : dans le second cas les adversaires sont plus nombreux (bourgeoisie mondialiste et ses alliés dans la petite-bourgeoisie et le lumpenprolétariat) et ont moins de raisons de partir. Il n’est pas nécessaire de s’étendre beaucoup plus sur le terrorisme individuel qui, en ne s’attaquant qu’à des hommes (aussi puissants soient-ils, aisément remplaçables) ne permet pas d’avancée décisive et se trouve le plus souvent contre-productif, alimentant la machine propagandiste officielle.

De plus le type d’organisation que le terrorisme classique présuppose est à cent lieux d’un mouvement de masse et fonctionne sur le secret et le sectarisme, menant à une bureaucratisation plus ou moins rapide du mouvement qui y a recours. Cependant si la lutte révolutionnaire prend la forme d’une guerre civile, le recours à l’attentat peut avoir une utilité militaire ( avec des cibles précises).

Une autre raison d’installer une forme de Terreur révolutionnaire assumée, en quelque sorte « institutionnelle » est d’éviter le déchaînement aveugle des vengeances personnelles dans un contexte tendu : ainsi les tribunaux révolutionnaires de 1793 et l’épuration légale d’après l’Occupation ont été en partie mis en place pour éviter les lynchages et les massacres de prisonniers. C’est ce qu’oublient trop souvent les libertaires et autres anti-autoritaires forcenés.

Certaines formes de terreur révolutionnaire sont donc nécessaires et permettent (en apparence) paradoxalement d’éviter un maximum de souffrance inutile en abrégeant les combats.

Quelques exemples de mesures de terreur efficaces

Face au terrorisme intellectuel et à la calomnie, répandue par des médias aux mains d’une poignée d’oligarques, la première mesure doit être la socialisation de ces derniers sous le contrôle des employés du journal eux-mêmes, avec le droit de regard des autorités révolutionnaires sur les informations sensibles (obligatoire en période de guerre). La conduite des opérations, dans des luttes ou une guerre révolutionnaire, qui peut malheureusement nous être imposée, doit, comme l’ont montré les révolutions française ou russe être soumise au pouvoir et à l’hégémonie politiques du prolétariat, par l’intermédiaire de représentants en mission ou de commissaires, qui veillent alors à éviter l’émergence d’un pouvoir militaire autonome et définissent les objectifs. Dans cette politique de guerre, il peut être également utile de propager fausses informations et rumeurs de manière à exagérer la peur de l’action révolutionnaire chez ses ennemis : prétendre s’appuyer sur une cinquième colonne, créer une fausse police politique inquiétante etc…

Aussi cruelle que cette mesure paraisse, il peut être nécessaire de faire pression sur les éléments suspects via leur famille, en s’appuyant sur l’influence que ses membres loyaux peuvent avoir sur le suspect. Après tout, la police oligarchique ne se prive pas de ce moyen d’action après l’arrestation d’un suspect, sans provoquer l’ire des bien-pensants.

L’argent étant le nerf de la guerre et la religion bourgeoise par excellence, un moyen de lutte efficace est bien sûr la confiscation des biens des ennemis du peuple ou sa menace pour les éléments peu fiables. Cette mesure permet à la fois de bien différencier les adversaires du mouvement révolutionnaire selon qu’ils se battent par inquiétude matérielle ou par idéologie et de commencer la redistribution des richesses.

Le procès public est un bon moyen de jeter l’effroi sur l’oligarchie (mutation et renversement de l’orientation du grand Léviathan, désormais dirigée contre les forces capitalistes) ainsi que d’édification des masses, pourvu que l’on évite les dérives bureaucratiques : il y a suffisamment de vrais coupables pour éviter d’en fabriquer (le monde politique actuel, avec ses Dassault et ses Chirac, regorge d’exemples d’escrocs qui ne seraient jamais inquiétés autrement). Il importe également de montrer que la justice révolutionnaire est sévère mais probe. Pouvoir connaître les suspects potentiels reste également indispensable, là encore nul besoin de cris d’orfraie, il ne s’agit pas de grand chose d’autre qu’un équivalent des renseignements généraux qui possèdent leurs fiches sur tout les militants politiques du pays dans l’indifférence générale.

Pour conclure il faut considérer la Terreur avant tout comme une arme psychologique susceptible de réduire la violence réelle. Bien utilisée, avec modération et soumise aux objectifs politiques, elle n’est pas forcément si féroce. A l’inverse, le refus dogmatique de toute mesure de ce type est non seulement irréaliste, mais dangereux face à un pouvoir qui l’a utilisé, l’utilise et l’utilisera sans aucun doute.

Pierre Lucius

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