Ouvrons le débat : L’écologie, cette imposture

 

Nous avons reçu d’une camarade le texte suivant dans le cadre d’échange sur l’écologie au sein de notre rédaction. Voici une contribution limpide dans son expression et qui a l’insigne mérite de la radicalité tout en contribuant à un questionnement réel concernant les positions que doivent adopter les révolutionnaires engagés sur la voie de la sortie du règne despotique du capital.

 

« …Plus la civilisation progresse, plus elle est obligée de couvrir avec le manteau de la charité les maux qu’elle a nécessairement engendrés, de les farder ou de les nier, bref, d’instituer une hypocrisie conventionnelle que ne connaissaient ni les formes de société antérieures, ni même les premiers stades de la civilisation… »

F.Engels -L’origine de la famille, de la propriété et de l’état

« On ne vend pas la terre sur laquelle on marche. »

Tashunca-Uitco dit Crazy Horse, représentant de sioux du clan Oglalas (1840-1877)

Aujourd’hui, la grande mode, le grand courant mobilisateur, c’est l’écologie ! Une grande partie de la population, en effet, de droite comme de gauche, se retrouve sur ce terrain avec pour slogan : « PRESERVONS LA PLANETE » !… Mais qu’est-ce que l’écologie ? A quelles fins a-t-elle été créée ? L’écologie est une science et qui dit science, dit étude d’un sujet, d’un phénomène… Cependant, la science est une invention récente, conçue aux seuls fins du mode de production capitaliste ; « …lorsque le capital enrôle la science, la main rebelle du travail apprend toujours à être docile. » (Ure cité par K.Marx dans le Capital, Livre 1). Elle n’existait pas au paléolithique, et pour cause, puisqu’elle était tout simplement inutile compte tenu de la symbiose existant entre le chasseur-cueilleur et son milieu naturel :

Initialement, le mot était « ökologie » : oïkos et logos. Etymologiquement, L’oïkos, c’est la maison, et plus largement l’endroit où vit une famille, un ensemble de biens et de personnes, d’êtres vivants, rattachés à un même milieu d’habitation et de production, appelé une « maisonnée », c’est à dire l’oïkia. Le logos est ici utilisé dans son sens le plus restrictif ; la science. L’écologie, c’est donc, au final, l’étude des relations des êtres vivants avec leur environnement.

Cette science est née à la fin du XIXème siècle, en raison du développement accéléré du mode de production capitaliste. Elle correspond de façon manifeste à la séparation violente de l’homme d’avec son environnement naturel. En effet, l’intensification de la croissance industrielle nourrie par l’exploitation forcenée de la force de travail, va conduire de plus en plus de paysans à quitter leur campagne pour s’agglutiner dans les villes carcérales, tandis que la rentabilité agricole va devenir un enjeu crucial au prix d’un laminage progressif des forces de la terre.

Ainsi, l’homme, déjà fort éloigné de la nature depuis plusieurs siècles, va-t-il se retrouver totalement coupé d’elle. Or, un être humain qui n’a plus de relation avec la nature est un être à la dérive, séparé de sa propre nature, c’est à dire de sa propre évolution. En quelque sorte, c’est un être mutilé.

Les indiens des plaines n’avaient pas besoin d’écologie pour respecter la nature, ils vivaient en osmose avec elle, c’est à dire avec le cosmos et ne fricotaient pas avec l’argent. Ils savaient instinctivement que toute perturbation de leur milieu naturel provoquerait une rupture de cette harmonie.

Tout comme la tribu des Guarani en Amazonie, derniers survivants des peuples primitifs, qui préfère choisir le suicide plutôt que d’être séparée de son environnement : « Quand vous êtes si proche de la nature, que vous êtes entouré de forêts, vous avez la vie, vous avez tout » dit un Guarani.… et face à la réinstallation forcée de sa tribu, il ajoute : « Alors, vous devenez spirituellement vide. »…

Là est toute la différence avec l’homo sapiens d’aujourd’hui, qui ne voit dans la nature qu’un terrain de compensation réparateur.

L’écologie a été inventée pour colmater cette mutilation, pour faire croire, d’une part que le sort de la nature préoccupe vraiment le capitalisme et, d’autre part, pour calmer et illusionner ceux qui s’alarment. Comme l’écrivait déjà Amadeo BORDIGA dans les années 1970 : « L’écologisme regroupe pêle-mêle une réaction _ réactionnaire ! _ au bouleversement incessant des techniques productives par le capital, une défense contre l’exaspération du capitalisme qui rend la vie toujours plus pénible, et aussi la réaction de la bourgeoisie contre ses propres « excès », sa tentative de contrôler ses destructions anarchiques. »

Car être « écolo », c’est s’engager pour l’avenir, pour les générations futures. C’est « prendre conscience » de ce qui reste de la nature qui nous entoure et de sa destruction déclenchée par le capitalisme, être « écolo » c’est vouloir faire cesser le gâchis en réorganisant l’exploitation de la nature de façon raisonnable, en « minimisant notre impact, notre empreinte sur notre support de vie, la Terre ». Manger bio et être « écolo » vont de pair (du moins pour ceux qui en ont les moyens !), tout comme être végétarien, construire une maison solaire, faire de la randonnée, se déplacer à bicyclette, mais c’est aussi la certification ISO 14000, l’Agenda 21, c’est à dire, le recyclage, la gestion des déchets, la préconisation de gestes « éco-citoyens pour un quotidien durable », la préservation de zones naturelles spécifiques (Natura 2000), la protection d’espèces animales et, en retour, l’ indemnisation des victimes desdites espèces (les loups par exemple) etc.… le tout en dépit du bon sens. Il faut moraliser l’exploitation de la nature, la rendre propre et raisonnable, de même qu’il faut moraliser les banques et le système d’échange… alors que justement, le mode de production capitaliste, du fait de l’exploitation de la force de travail ne peut avoir de morale ou plutôt si, il n’en a qu’une : celle du profit.

Au final, l’écologie constitue une manne pour les industriels ! Car sous couvert d’une préoccupation éthique, le développement durable s’impose désormais en tant qu’obligation mondiale aux buts lucratifs inavoués.

L ‘écologie n’est donc qu’une gigantesque supercherie, un cautère sur une jambe de bois, bref un leurre de plus dans ce monde où ne règne plus que la marchandise…

En réalité, le problème est inverse : à quoi bon une planète propre si l’exploitation des êtres humains perdure ?!… C’est par la séparation d’avec son environnement naturel et par la spécialisation que le mode de production capitaliste a réussi à domestiquer l’homme en le vidant de toute substance.

Il ne s’agit donc pas de sauver la planète, mais de sauver l’homme !

Car s’agissant de la nature elle-même, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure : il suffit de constater que lorsqu’une simple maison, même en béton, est abandonnée, la végétation reprend ses droits et ce, en très peu de temps et lorsqu’un agriculteur passe « au bio », la terre, à force de soins et d’attention, se régénère en trois ou quatre années. La nature est plus forte que nous ; les catastrophes naturelles, d’ailleurs, le prouvent.

Le respect de la nature, lui, est inversement proportionnel à l’écrasement de l’homme : son exploitation découle de l’exploitation de l’homme, par conséquent, à partir du moment où la deuxième cesse, la première n’a plus lieu d ‘être ; la destruction de la nature est consubstantielle au mode de production capitaliste ; son seul et unique ennemi n’est donc pas l’homme, mais bien ce mode de production : « La dépréciation du monde des hommes augmente en raison directe de la mise en valeur du monde des choses » K.Marx, Manuscrits de 1844.

Ainsi, il est patent qu’à partir du moment où l’homme, libéré de son asservissement à l’argent, vivra spontanément en harmonie et en intelligence avec son environnement naturel, celui-ci lui offrira toutes les ressources nécessaires.

L’homme doit donc renouer avec ce qu’il a perdu, avec les forces vives que sont celles de la terre et les siennes, car les unes passent par les autres dans une interpénétration permanente et infinie : « L’homme vit de la nature signifie : la nature est son corps avec lequel il doit maintenir un processus constant pour ne pas mourir. Dire que la vie physique et intellectuelle de l’homme est indissolublement liée à la nature ne signifie pas autre chose sinon que la nature est indissolublement liée avec elle-même, car l’homme est une partie de la nature. » Karl Marx, Manuscrits de 1844.

Mais cela ne signifie pas qu’il nous faut revenir à un état primitif, ce qu’il faut bien comprendre au contraire, c’est que l’oikia est postérieure à Socrate, qu’elle émerge à partir de Platon et d’Aristote. Avant, chez les celtes, chez les germains, de même que chez les indiens d’Amérique du Nord, l’oikia n’existait pas ; l’immanence de la communauté suffisait.

L’oikia, c’est la petite maison de propriétaire d’où va découler l’oïkonomia (l’économie), nomos signifiant gérer, administrer. L’oïkia correspond à la mise en marche du demos (circonscriptions de communes), qui va consacrer la séparation de l’homme d’avec son environnement (aussi bien naturel que spirituel) et faire de ce dernier une source de rentabilité, par la division du territoire, de la population, du travail. Le demos entérine la fin du genos (la communauté), autrement dit, la citoyenneté, via la démocratie, va détruire la gens, cette collectivité fraternelle, unie par les liens du sang, au sein de laquelle régnait l’unité, comme l’explique très bien Engels dans « L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’état » : « Ce ne fut plus l’appartenance aux groupes consanguins qui décida, mais seulement le domicile ; on subdivisa non le peuple, mais le territoire ; au point de vue politique, les habitants devinrent de simples accessoires du territoire. »

Dès lors, la dévastation de l’homme et de la nature va s’opérer inexorablement, pour atteindre son paroxysme du XIXème au XXème siècle, sous le joug infernal de la course au profit. Et c’est ainsi que, face à cette effrayante réalité, le « souci de la nature », tout comme le « souci de l’humain » vont voir le jour, donnant naissance à l’écologie pour l’un, à la psychologie/psychanalyse pour l’autre. Ce qui était proprement inconcevable au temps du genos, du fait de l’unité existant entre l’homme et son milieu naturel.

Cette unité, c’est la « phusis », désignée par les grecs d’avant Socrate. Seulement, au fil des siècles, le sens de ce mot a été réduit à une peau de chagrin, pour n’exprimer plus que « la  nature », symbolisant de la sorte la consécration de la séparation entre l’homme et son environnement naturel.

Il nous appartient donc de retrouver cette « phusis » en sa véritable signification, qui correspond à l’origine du monde et que les premiers grecs ont caractérisé par l’immanence du croître, de l’épanouir, dans le déployer infini de la jouissance de vie qui gît en chacun de nous et qui ne demande qu’à surgir, pour enfin fracturer le temps de la marchandise en réalisant enfin le temps de l’être.

Lisa

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