Mod, le Retour sans fin !

« Modernism is an aphorism for clean living under difficult circumstances » ( Le modernisme est un aphorisme pour une vie propre dans des circonstances difficiles ) disait Pete Meaden. Le Mouvement Mod revient à la mode, son style sixties british est partout (du design à la musique, en passant par les vêtements) récupéré par les faiseurs de tendances. Parce que nous pensons qu’il ne faut pas laisser les bonnes choses aux bourgeois, Rébellion va surfer sur la vague et vous présenter un petit condensé de la « Mod attitude ».

C’est quoi être Mod ?

Le mouvement Mod (abréviation de Modernist) est un mouvement culturel apparu en Grande-Bretagne au début des années 60. Il est alors l’expression d’un dandysme très ombrageux, typiquement britannique. Portant des costumes sur mesure, subissant l’influence de la Nouvelle Vague française, et écoutant du Modern jazz, les premiers Mods se veulent modernes avant tout.

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À l’origine élitiste, le mouvement se développe rapidement et explose au grand jour à la fin de l’année 1962. Entre temps, le mouvement a gagné une frange de la jeunesse issue de la classe ouvrière anglaise. Ce sont les enfants de l’après-guerre qui se rallient à la cause Mod, désireux de fuir leur détresse quotidienne en bricolant leurs scooters et en semant une pagaille monstre partout où ils passent. Mais le tout dans des sapes de première classe. Pour comprendre cette aspiration, il suffit de lire Orwell dans Le Quai de Wigan : « Vous avez trois sous en poche et pas d’autre horizon sur terre que le coin de chambre humide qui vous attend à la maison ; mais dans vos vêtements tout neufs, vous pouvez vous planter au bord d’un trottoir et vous sentir l’âme de Clark Gable ou de Greta Garbo – ce qui console de beaucoup de choses », écrit-il… en 1937. Optimisme et attitude décontractée, la philosophie Mod est d’abord hédoniste et apolitique. Élevée dans la société de consommation et de plein emploi,  cette génération, loin de la rejeter, la célèbre. Mais cela toujours dans un esprit de perfection quasi-narcissique et de recherche esthétique.

Les « mods » sont une réaction aux « Teddy Boys », des fils de prolos eux aussi mais écoutant du rock’n’roll américain et d’esprit plus conservateur. Les deux tribus sont immédiatement identifiables à leur allure vestimentaire : au blouson noir répondent des vêtements impeccablement taillés et parfaitement codifiés. Le style Mod c’est d’abord ça : des costumes confectionnés sur mesure, à la pointe de la mode. Le port d’une parka est de rigueur car elle sert à protéger des intempéries ces habits qui ont souvent coûté plusieurs mois de salaire. Il est inséparable de son scooter Vespa ou Lambretta, sur lesquel il est de mise de rajouter plusieurs phares et rétroviseurs.  Plus c’est clinquant, mieux c’est ! Les goûts artistiques des Mods ne se retrouvent pas que sur leur scooter, ils gagnent les galeries d’art avec le Pop-Art qui subit leur influence.

Un cocktail explosif

Autre élément d’identification fort, la musique. Les Mods se retrouvent dans des styles musicaux bien définis : du Modern Jazz on passe à la Northern Soul (Soul nordiste du nom d’un label anglais), au rhythm and blues et au easy listening. L’arrivée des Who donne des hymnes violents et Rock (« I Can ‘t Explain », « My Generation ») qui rallient la jeunesse Working Class à l’esthétisme moderniste. Une multitude de groupes apparaissent alors comme Small Faces, Creation, Hipster Image…

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À partir de 1962, le Mouvement devient assez important pour intéresser les médias, mais d’abord à la rubrique des faits divers. Rapidement, les Mods acquièrent une mauvaise réputation due à leur consommation importante de drogue (majoritairement d’amphétamines) et à leur comportement souvent violent. Certains bars ou magasins ont même à la porte des panneaux annonçant « No Mods! ».

Des affrontements éclatent régulièrement entre les Mods et leurs ennemis jurés, les Rockers. Ces derniers sont les descendants des blousons noirs : ils ont les cheveux longs, portent des vêtements de cuir, se déplacent en moto de type Norton, Triumph ou BSA et écoutent du rock américain des années 50. Ainsi, tout oppose les Mods et les Rockers qui se livrent à une véritable guerre, et se retrouvent régulièrement pour se battre sur les plages des stations balnéaires de Brighton, d’Hastings et de Margate. En 1964, les bagarres se transforment en véritables émeutes qui marqueront les esprits par leur très grande violence. La police anti-émeute est acheminée par avion des 4 coins de Grande-Bretagne pour empêcher les affrontements. Les Mods, supérieurs en nombre, prendront inévitablement le dessus. Il faut dire que, cette même année, le Ministère de l’Intérieur évalue à 2 millions leur nombre en Grande-Bretagne ! Le Mouvement est à son apogée.

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Récupéré par les médias et les industries de la mode et de la musique, le mouvement Mod va perdre rapidement une partie de son identité. L’envolée du Swinging London et la révolution psychédélique entraînent une foule impressionnante de jeunes petits-bourgeois qui dénaturent le Mouvement en le singeant sous fond de dérive hippy. On est bien loin de l’esprit minimaliste et perfectionniste des initiateurs et des origines prolétariennes ! L’utilisation abusive de drogues (amphés puis LSD) ne va pas arranger les choses.

Face à cette dérive, une frange plus radicale – les Hards Mods – prend le contre-pied et rejette tout ce qui est passé par la « sauce »pop, revendiquant haut et fort leurs origines populaires et prolétariennes. Ces derniers, par l’entremise de la scène ska, du bluebeat et du rocksteady, frayeront aux côtés des rudes boys – jeunes noirs issus de l’immigration jamaïcaine – avec lesquels ils seront à l’origine du mouvement skinhead. Avec la Crise économique que va bientôt traverser la Grande-Bretagne, cette tendance va se radicaliser et se politiser – pour le meilleur et pour le pire.

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Revivals Mods.

Et pourtant, à la faveur des modes, le Mouvement Mod resurgira jusqu’à aujourd’hui. À la fin des années 1970, le mouvement Mod connaît un renouveau avec le groupe The Jam et son chanteur Paul Weller, qui va contribuer à donner naissance à un mouvement Néo-Mods qui va s’étendre dans toute l’Europe. De nombreux groupes se forment dans leur sillage comme les Purple Hearts, les Merton Parkas, les Standings ou les Tweeds. En 1979 sort Quadrophenia, film tiré de l’opéra-rock des Who et qui décrit la vie d’une bande de Mods londoniens dans les 60’s. Il devient vite un film culte pour ces nouveaux Mods. Au début des 80’s, le mouvement Mod est donc florissant. Le scooter suscite un véritable culte, qui culmine avec les rallyes géants de l’Ile de Wight (de 1983 à 1985), lesquels attirent près de 12000 personnes. Mais au fil des années, la scène va se scinder : les scooteristes abandonnent le look Mod et se créent un culte propre, celui des scooterboys, tandis que les Mods, convaincus et élitistes, inaugurent des rallies séparés derrière des organisations comme le CCI (Classic Club International) ou les Untouchables.

Au début des années 1990, la Grande Bretagne voit se développer le courant Brit’ pop avec des groupes comme Blur ou Oasis qui relancent le mouvement Mod. Le groupe Pulp incarne le mieux l’aspect dandy et décalé de cette culture.

A la mort de la Brit’Pop, le mouvement a connu quelques années de quasi-sommeil, pour mieux revenir dix ans plus tard. Comme l’analyse Rob Bailey, organisateur de soirées mods en Angleterre : «  Tous les dix ou quinze ans, la culture mod revient en force et occupe le devant de la scène. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on entre dans une nouvelle période de ce genre. Sans doute grâce au revival rock, avec tous ces groupes en « The  ». Les jeunes se sont détachés de la musique électro et sont revenus en masse vers les guitares. Certains d’entre eux se sont pris de passion pour le rock 60’s et pour la culture Mod ». Des soirées aux festivals, ce renouveau gagne toute l’Europe. Aujourd’hui, la culture Mod compte encore de nombreux adeptes même s’ils n’ont plus rien à voir avec les Mods des années 1960. Mais aujourd’hui, se revendiquer Mod a des résonances plutôt « rétro » que « modernist ». Les vrais Mods, eux, observent cette agitation soudaine avec un brin de scepticisme, fidèles à leur devise :  » Les modes sont éphémères, le style est éternel « .

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Pour parfaire votre culture Mod :

A Voir :

Quadrophenia de Franc Roddam. Disponible en DVD Import.

A écouter :

– La compilation « This is mod » avec la totalité des groupes de la première vague des années 60.

– The Who – Live at Leeds – le meilleur album live du groupe en pleine période Mod.

– Jam – In The City et All Mod Cons – les deux albums du renouveau des années 1970.

 

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