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Comment ne pas se réjouir des 52 % d’électeurs britanniques qui ont voté pour la sortie de l’UE ? Ce résultat sans appel remet le peuple au centre de l’Europe Technocratique … pour en sortir !

Et ce n’est pas la première fois que la souveraineté populaire contredit les traités. Rappelons la Constitution Européenne rejetée massivement par les peuples français et hollandais en 2005. Sauf nouveau risque politique pris par un politicien en difficulté il est peu probable qu’un gouvernement ne propose à nouveau un choix de ce type à ses électeurs. Un peu partout on rejette les euro-élites.

L’Europe des traités paie cash sa dérive assumée vers un grand marché libéral et anti-national. Un seul exemple : les « travailleurs détachés ». Une façon très légale de payer moins des pauvres gens au sein même d’un même espace, l’Europe des traités… Les chômeurs du secteur apprécient hautement la construction européenne ! En Grande-Bretagne un million d’Européens de l’Est sont venus travailler encouragés par Cameron et l’Europe pour faire chuter les coûts salariaux et décupler les bénéfices du patronat local et global. Logique que la City ait explicitement milité pour le maintien dans l’Europe. Et que dire de la promotion de Barroso chez Goldman Sachs ? Les copains, les coquins…

Néanmoins, du moins au Royaume-Uni, le camp de la sortie n’avait guère l’apparence du progressisme. Le UKIP et les europhobes des Conservateurs avaient peu à voir avec la défense d’un modèle social protecteur. La campagne pour la sortie était même en partie financée par des groupes capitalistes hostiles aux quelques réglementations européennes… Même ton en Hongrie et en Pologne.

Parfois l’opposition aux traités a une dimension ultra-libérale à ne pas sous-estimer. Si Trump aux USA s’oppose au traité de libre-échange transatlantique ce n’est pas souci écologique…

Pour bien comprendre l’état de la société britannique il faut revoir le film Trainspotting (1996) de Danny Boyle. Ou comment des amis issus de milieux populaires évoluent dans le Royaume-Uni « réformé » par Thatcher et Cie : le collectif n’est qu’amical et au business de la drogue succède celui de l’immobilier puis celui du X dans la suite. Hors de tout succès individuel il n’y a que le néant et les paradis très artificiels. Promenez-vous à Londres et vous visiterez le catalogue de la mondialisation accomplie : tous les exclus du Marché n’ont aucune envie de baiser la bague de Junker. Seule une poignée de traders -de toutes nationalités- peuvent contresigner les traités… A l’orgie libérale débutée en 79 répondent les enfants ruinés des héros de Trainspotting.

La sortie de l’UE relaie aussi la vieille idée que les Britanniques ne sont ni en dehors ni dans l’Europe continentale mais plutôt un maillon entre le marché européen et le marché américain, Canada compris… Beaucoup d’opposants à l’Europe sont souvent muets ou carrément favorables à l’OTAN et à l’alliance états-unienne. Les plus critiques sur ces thèmes, la gauche du Labour et J. Corbyn, étaient pour le maintien dans l’Union. Voilà qui en dit long sur la confusion actuelle…

Tout aussi ambigu le rôle des « nations » britanniques  qui ont voté nettement pour l’Europe. En Écosse et en Irlande du Nord les exécutifs déjà autonomes menacent explicitement de sortir du Royaume-Uni pour adhérer ipso facto à l’Europe. Le rêve mondialiste d’une « Europe des régions » refait surface pour le plus grand bonheur des multinationales qui préfèrent négocier des avantages fiscaux avec une région plutôt qu’avec un État.

Pas plus là-bas qu’ici les opposants résolus à l’Euro-capitalisme n’ont de programme alternatif. D’autres traités, d’autres coopérations sont possibles et souhaitables mais sur quelles bases ? C’est la seule question qui vaille …

D. Gorteau

Auteur de  « Corée du Nord, le pays qui n’était pas là » chez  http://alexipharmaque.eu/

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