Entretien avec Montjoie : Les petits secrets du T.T.I.P….

Les éditions Astrée viennent de publier un essai de Montjoie intitulé Les petits secrets du T.T.I.P. Montjoie est le pseudonyme d’un analyste expérimenté des échanges économiques et financiers entre l’Europe et les Etats-unis. L’entretien date du 16 avril 2016, mais il trouve une actualité brûlante avec le bras de fer des négociations encore en cours.

Pourquoi un tel pseudo ?

Certes, il puise dans les racines familiales mais ce n’est pas moi qui l’ai choisi. Une très longue histoire. Originaire de ce petit village médiéval de l’Ariège, en conservant ce pseudo j’ai voulu à mon tour rendre hommage à cette terre occitane où j’ai gardé de nombreuses attaches malgré de longues années d’éloignement, parfois très loin…

Votre livre aborde les questions de géopolitique, de défense, d’intelligence et de libre-échange (géo économie) liées au TAFTA ?

Pour en venir au cœur du sujet, le TTIP/TAFTA, parlez à présent d’intelligence globale car, mondialisation oblige, les stratégies sont interconnectées du financier au monétaire voire au commercial. . . sans oublier, bien sûr, le militaire. C’est ainsi et n’oubliez pas qu’il n’y a pas de puissance militaire sans puissance économique et commerciale. En question : le nouvel équilibre des mondes. A l’heure actuelle, on fait semblant de redécouvrir ce concept vieux comme Hérode. Et le « package de l’Atlantique Nord », celui des accords CETA et TTIP/TAFTA, en est le meilleur des exemples au même titre que celui de l’Asie-Pacifique (T.T.P). . . L’heure est aux mégas accords A.C.R(s) , fer de lance de la nouvelle stratégie du Pentagone pour contenir, essentiellement, le Nouvel Empire du Milieu (« containment policy») mais ceci est une autre histoire que vous comprendrez en lisant «  Les petits secrets du TTIP PLUS ». L’une des étapes clés, bien qu’intermédiaire, de ce qu’il faut bien appeler une guerre commerciale, est la marginalisation de l’O.M.C/W.T.O, l’organisation multilatérale issue du Paraguay Round (Accord de Marrakech de janvier 1995) et ce, par un blocage du Cycle de Doha dit le « zombie Round ».

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Pourquoi le « TTIP PLUS » ?

« It’s a long shot » comme dirait nos amis anglo-saxons. . . Il faudrait remonter à 1949 et, plus précisément, à l’article 2 du traité de l’Atlantique Nord (OTAN/NATO) mais tout ceci n’est, en fait, que l’aboutissement d’une stratégie américaine sur le long terme, surtout depuis la création de l’entité « Europe ». Elle visait non seulement à circonscrire les velléités d’émancipation de la « Multinationale Europe » du parapluie de l’Oncle Sam (volet militaire) mais aussi et surtout de contrôler un marché européen, devenu depuis la Grande Crise de 2007, la variante d’ajustement de la reprise économique outre-atlantique. Bingo ! Nos amis et alliés américains sont en passe de réussir . . . à notre corps défendant. Entendre, contre nos propres intérêts et ceux de notre modèle de société. Voilà l’autre enjeu. Il est économique mais aussi sociétal. En cause, notre mode de vie encore que, à une époque de grandes migrations organisées, le danger principal et immédiat soit ailleurs. . .Mais, il fallait que cela soit dit. . .

Lors de son « talk-talk » télévisé du 14 avril dernier sur A2, le Président Hollande s’est exprimé sur la ratification du TTIP. Pas question de la ratifier si … si …. si … Bref, cet ancien d’ H.E.C, pépinière de catéchistes du néolibéralisme déjanté, « nous prends pour des billes ». . . Et il n’est pas le seul car cette mauvaise manière se retrouve aussi chez les dirigeants des partis de la droite traditionnelle et pour cause. Ils sont formatés dans le même moule. . .idéologique s’entend. . .

En effet, et c’est la démonstration de mon essai, le traité sera appliqué, contre vents et marées et de manière discrétionnaire, par la très autocratique Commission Exécutive de Bruxelles. Et ce, à l’appui de « clauses de non retour » et autres artifices ou recettes d’inspiration américaine avec à la manœuvre des lobbies corrupteurs et incontournables. . In fine, quelque soit l’issue du vote du Parlement de Strasbourg, celle du Conseil Européen sans parler des parlements nationaux des 28 . . .. les accords CETA, TTIP et TISA sont et seront appliqués, comme les autres, et ce, avant le processus de ratification dont on peut, légitimement, se demander quelle peut être son utilité. Hollande le sait mais il le tait. . .

Sachez que le volet agricole du CETA est déjà en application, nonobstant l’ire légitime et répétitive de notre paysannerie. Pas vu, pas pris en référence à l’absence de traçabilité et donc d’étiquetage en inadéquation évidente avec le droit du citoyen. . . et consommateur. C’est ainsi ! De même, l’accord ALE/FTA entre l’UE28 et l’Ukraine, accord qui est aussi, ne pas l’oublier, un traité mixte . Il comporte un volet politique en référence au conflit ukrainien toujours pendant. De fait, il vient d’être rejeté (avril 2016) par les hollandais suite d’un référendum dit d’initiative populaire. . . , « machin » comme aurait dit le Général De Gaulle, qui figurait dans le programme du candidat Hollande. . . et oublié. Pas de panique, le dit accord était déjà en application « par anticipation » depuis le Ier janvier 2016. Circulez : Il n’y a plus rien à voir. Et ne comptez pas sur des élus, qui de gauche qui de droite, «  pacsés » dans un conformisme désolant, E.N.A oblige, pour vous proposer les bonnes solutions.

Alors, faudra t ‘il attendre la décision des britanniques du 23 juin prochain ( Brexit assurément) et, dans la foulée, qui sait, celle des pays du groupe de Visegrad voire, attention, celle des Pays Bas qui avaient déjà retoqués le Lisbonne 1, avant les français. . . pour se poser, enfin et peu tardivement, les bonnes questions ? ? ? Comme dab ! ! !

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Les enjeux du TTIP ?

Ils sont de deux natures différentes :

1/ Le TTIP PLUS est un marqueur géopolitique qui s’insère dans le Grand Jeu planétaire entre les deux hyper puissances du moment, les États-Unis et La Chine. A ce titre, je suis opposé à un rejet systématique tant que les Européens in solidum n’auront pas une idée du devenir, celui de leur « communauté de destin ». Alors « Europe puissance » ou pas ? ? ? Voilà la vraie question. Pour autant, il faudrait une P.E.S.C (Politique Etrangère et de Sécurité Commune) qui tienne la route. . .Sauf que le camion européen n’en est pas à sa première sortie de route (Ukraine/ Migrants…). Vous y croyez-vous. Moi pas. . . Avec le Lisbonne 2, nous avons créés les structures (S.E.A.E) mais la coupe, aussi belle et ciselée soit-elle, reste désespérément vide (Voir l’essai de Montjoie de mars 2014 « la Multinationale Europe à l’épreuve de l’Oncle Sam »). Du grand n’importe quoi européen. En clair, la charrue avant les bœufs . . . qui nous arrivent ….des Etats-Unis. . .Patience donc ! ! !

2/ Le TTIP PLUS est un marqueur géo économique. Entendre financier, monétaire, commercial, etc..Le tout à l’appui de « normes nouvelles et communes » des deux côtés de l’atlantique et voilà l’objet principal des rounds de négociations TTIP mais aussi TISA sur les services (normes bancaires, comptables, sociétales, assurances et « touti quanti ». . . ). Ne rêvez pas, les normes seront américaines. Point barre !

Et vous tous, électeurs et responsables politiques, n’aurez pas droit au chapitre. Et ce d’autant que, cerise sur le gâteau européen, le package est global. A prendre ou à laisser . . . à ce détail près que l’on s’efforce de vous cacher. . . Dès sa signature par la C.E de Bruxelles, le TTIP et le TISA seront immédiatement applicables avec des clauses secrètes dites cliquets (non retour) etc…toutes choses que vous apprécierez en lisant le pavé édité sous ma signature par les éditions Astrée dont je salue au passage le courage. . La balle,à présent, est dans votre camp et l’issue que je vous suggère pourrait se résumer ainsi : « HARO SUR LE LISBONNE 2 » et cette Europe de compromis et de compromissions à la botte d’Angie et des intérêts allemands . . . N’oubliez pas que c’est l’Europe du Sud qui financé la réunification de l’Allemagne dans la décennie 90 et suivante, une chose que nombre d’entre vous doit ignorer. Loin de moins un ostracisme « anti germain » déplacé mais, à l’évidence, force est de constater que nos amis allemands ont la haute main adossée à une parfaite maîtrise des instances européennes et leur fonctionnement. Et, de fait, aucun intérêt à ce que les lignes bougent . . . sauf, peut-être, quand un technocrate italien aussi déterminé que filou, « Super Mario » (B.C.E), bouscule avec intelligence les intérêts de Berlin. Entendre aussi ceux de ses épargnants. Affaire à suivre . . .

A lire :
Les petits secrets du TTIP : Tafta soit qui mal y pense
Montjoie

Éditeur : Astrée Editions, 244 pages ,  24 €

http://www.editions-astree.fr/

 

 

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