Entretien avec Dany Colin :  » je souhaite engager le débat « 

Pouvez-vous commencer par présenter votre parcours en quelques mots ?

 Je suis doctorant en philosophie à l’Université Toulouse II-Jean Jaurès et mon sujet de thèse porte sur les « esthétiques subversives » des cinéastes africains Mahamat Saleh-Haroun (Tchad) et Djibril Diop Mambéty (Sénégal). Parallèlement à cela, je suis cinéaste. J’écris et réalise des court-métrages (dont ceux qui entre le plus en résonance avec mes travaux actuels sont « Ciel rouge pour encre noire » (2012), « Le lien » (2012) et « Au seuil » (2014)). J’ai eu également une brève aventure en tant que critique de cinéma au sein de la revue en ligne « Sédition ». J’écris régulièrement des articles au sein de la revue Rébellion et nous pouvons retrouver quelques-uns de mes articles au sein de la revue Panafrikan de la Ligue Panafricaine Umoja. Je suis pour le moment entre la France et la Guinée afin de mener sur les deux fronts une rééducation au panafricanisme adaptée au contexte géopolitique et eschatologique actuel, mais aussi afin de contribuer à l’exaltation d’une nouvelle forme de nationalisme qui est actuellement l’idéologie que nos ennemis veulent abattre à tout prix !

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cette brochure ?

D’une part, le fait de ressentir au quotidien et à travers mes études, de mon point de vue de jeune issu de la génération de la chute du Mur de Berlin, une rupture civilisationnelle inédite dans l’histoire contemporaine dont je perçois l’accélération frénétique à échelle mondiale et que je ne souhaite pas contempler sans agir. D’autre part, mon vécu de métis franco-congolais ayant subi les tiraillements existentiels et le sentiment d’instabilité à propos de mes racines. Un trouble identitaire qu’une idéologie antiraciste, droit-de-l’hommiste et progressiste a stimulée et a manipulée de manière à me servir sur un plateau d’argent deux issues : celle du mondialisme qui me glorifie en tant qu’incarnation épidermique du progrès, de l’altérité radicale et de la dissolution de mon être dans un magma matérialiste, ou bien celle d’un anti-mondialisme fédérateur, souverainiste, enraciné et encore vertical, c’est-à-dire là où les cieux nous guettent et nous protègent encore…

Mes pérégrinations au sein des idéologies gauchistes universitaires mais aussi au sein d’associations communautaires revanchardes m’ont poussé à une réflexion profonde quant aux causes de cette forte et désagréable odeur d’urine qui se dégageait de l’ensemble de ces mouvements. Mes récentes rencontres avec l’OSRE (Organisation Socialiste Révolutionnaire Européenne) et la Ligue Panafricaine Umoja ont impulsé en moi une volonté de créer une convergence entre deux organisations politiques qui, si les positionnements idéologiques mis en avant dans les titres qui leur sont associés ne sont pas biaisées à la longue par le système oligarchique français (un socialisme trotskiste faussement anticapitaliste et contre-révolutionnaire pour l’un ; un panégrisme nostalgique et has been incapable de peser sur les politiques africaines actuelles pour l’autre), peuvent donner lieu à des alliances redoutables face aux tentacules mondialistes…

Que pensez-vous des récents événements qui entourent le « Front Anti-CFA » initié par l’activiste Kémi Séba ?

Il est important de préciser que le mouvement contre le Franc CFA (= Franc des Colonies Françaises d’Afrique) en tant que tel ne date pas de 2017 et que Kémi Séba ne l’a pas créé. Il apporte seulement la contribution qui est la sienne à cette problématique importante propre à l’Afrique francophone et qui touche le noyau de l’exercice du pouvoir : à savoir la souveraineté monétaire et le poids économique d’un territoire donné. Il a impulsé un nouveau souffle de contestation au sein d’une certaine catégorie de la jeunesse africaine (qu’on appelle souvent sur place la « société civile ») avec fraîcheur (sa définition du mondialisme que je partage) et Panache. De plus, il est le seul diaspo médiatisé que je connaisse à l’heure actuelle qui base quasi-exclusivement son travail d’activiste polémiste sur la terre-mère. Kémi Séba, malgré sa récente expulsion du territoire sénégalais (cf article) et ses déclarations sur la chaîne Russia Today, se dit prêt à rempiler pour incarner son rôle de porte-parole et de mobilisateur de foules sur le terrain (« créer des masses critiques » comme il le précise régulièrement). Et il a à cet égard tout mon soutien ! Kémi Séba, que j’ai rencontré brièvement lors d’une escale à Dakar tout juste avant la mise en pratique de ses opérations Anti FCFA, a d’ailleurs l’honnêteté de ne pas se prétendre « leader », « guide » ou autre « messie », des travers qui touchent trop souvent les militants de la communauté noire (et plus spécifiquement intra-africaine), et qu’on doit imputer à un ensemble de complexes d’infériorité créé par une ingénierie sociale où l’on pourrait, pour analyser en profondeur le souci, faire des croisements entre le travail d’un Frantz Fanon, d’un René Girard et plus récemment d’un Lucien Cerise. Selon mon point de vue, cet ensemble recouvre les premiers maux qu’un militant panafricaniste doit soigner avant de prétendre vouloir créer « les Etats-Unis d’Afrique » qui étaient chers à notre aîné Kwamé Nkrumah…

Quels liens pouvez-vous faire entre votre parcours cinématographique et votre engagement militant ?

Je suis cinéphile depuis le plus jeune âge. Ma vocation première est d’être cinéaste. L’art cinématographique est schizophrénique par essence, dans la mesure où il est à la fois, comme le dit l’adage, « un art et une industrie ». Il a la capacité, comme l’a dit Michel Mourlet, de « substituer à notre regard un monde qui s’accorde à nos désirs », et de ce fait, un regard substitué est un regard où toute idéologie peut pénétrer. Le cinéma peut alors être à la fois la manifestation de la nostalgie de Dieu, la convocation sensible de nos êtres génériques les plus enfouis, tout comme il peut être un instrument d’asservissement des masses et une contribution audiovisuelle au maintien du pouvoir mondialiste. Pier Paolo Pasolini, Guy Debord ou encore Andreï Tarkovski peuvent à travers leurs œuvres cinématographiques et littéraires nous orienter vers de belles quêtes de sens à propos du 7ème art ! Ceci dit, la manière dont je dois mener mon travail de cinéaste doit à la fois être une connexion et un affranchissement de la fibre militante qui m’anime. Je ne considère pas les films comme des tracts ou comme des doctrines filmées. Le cinéma doit se nicher entre ces deux blocs manichéens qui s’affrontent et recueillir avec grâce leurs complexités. Un film a également le droit et le devoir de parler du point de vue de nos ennemis, d’incarner nos peurs et nos cauchemars. Une œuvre cinématographique n’est pas uniforme. Elle peut être révélatrice et lumineuse en étant, d’une certaine manière, hermétique, c’est-à-dire livrée à l’exercice du déchiffrage. Et comme disait Pier Paolo Pasolini lorsque les journalistes l’interrogeaient à propos du contenu de la réalisation de son long-métrage testamentaire Salo ou les 120 journées de Sodome (1975), « une œuvre doit naître dans le mystère ».

Quels sont vos projets en cours ?

D’abord, je souhaite engager le débat que le contenu et les prises de position de ma brochure pourraient susciter dans le cadre de conférences, de séminaires et de rencontres croisées dans un premier temps. Ensuite, développer ces travaux sous la forme d’un essai. Et puis ne pas oublier de me remettre au travail d’écriture et de réalisation de films. « Merde, quand même ! », comme dirait l’autre…

Dany Colin.

Brochure de 40 pages.

5 euros

En vente à notre adresse :

Rébellion c/o RSE BP 62124 31020 TOULOUSE CEDEX 02

ou en ligne  sur notre boutique

Disponible dès le 09 septembre

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