Editorial 66 : Lou Mistrau me fa cantar…

Le Président de ce qui subsiste de la République française se soucie comme d’une guigne du sort des ouvriers de Saint-Nazaire travaillant à la construction des navires « Mistral » que la France devait livrer à la Russie. Ce n’est pas que nous soyions des chantres du productivisme militariste mais dans les conditions actuelles la livraison , suspendue dorénavant, de ces bâtiments de combat assurait leur existence économique à quelques centaines de travailleurs. Mais Hollande est grand Prince, il est généreux avec la peau d’autrui, surtout lorsqu’il s’agit de prolétaires ; il peut sacrifier des milliards d’euros que la Russie ne manquerait pas de lui réclamer en cas de rupture du contrat. Le peuple français paiera1.

Le Président, quant à lui, est comme la cigale de la fable, il préfère chanter les louanges de l’OTAN et de la démocratie proclamée urbi et orbi, il s’associe aux chœurs des pleureuses de la haute finance qui sentent bien dépourvues de profit suffisant pendant que la paupérisation empoigne les travailleurs. Il entonne un péan à la gloire d’Obama et des Etats-Unis, s’associant à leur entreprise guerrière en Irak et en Syrie, ne sachant comment leur faire plaisir et s’en faire aimer. Il souffle dans les trompettes de Jéricho qui abattront les murailles d’un Etat islamique quasi insaisissable et mouvant mais omniprésent dans les zones géopolitiques sensibles. Il se fait le relais des hosannas d’Israël lorsqu’il s’agit de massacrer le peuple palestinien. Et puis un grand vent mistralien a traversé sa boîte crânienne, là il y trouva un symbole puissamment adéquat pour signifier sa soumission à l’ordre atlantiste! Tout le profit est pour vous, nos chers maîtres! Que pourrions-nous faire de plus pour nuire à la Russie et appuyer votre offensive en Europe orientale? Nous donnons l’exemple à nos partenaires de l’UE afin que celle-ci soit votre féale ad vitam aeternam. En récompense nous espérons participer à la danse dionysiaque qui, grâce au traité transatlantique, rendra exsangues les prolétaires européens. Nous avons déjà fait beaucoup pour les réduire au silence en intensifiant leur exploitation, en les réduisant au chômage, en favorisant le patronat et ses délocalisations, en détricotant les rares « avantages sociaux« acquis, Valls est même allé passer la brosse à reluire aux représentants du capitalisme français. Arrivé à ce stade, il est difficile d’imaginer ce que le gouvernement social-démocrate est encore capable d’imaginer afin de signifier son abjection et sa soumission au monde unipolaire prôné par le capitalisme occidental. Totalement discrédité auprès du peuple français, il s’est engagé dans une course vertigineuse à la remorque de la haute finance.

Qu’en résulte-t-il sur le plan de l’analyse de l’évolution des forces politiques en présence et sur le terrain de la lutte de classe. Il a été dit que Hollande a accompli un net virage à droite et qu’il l’assume en ayant nommé Valls au poste de premier ministre. Si l’on prend un tant soit peu de recul cela ne paraît pas aussi frappant dans la mesure où il est dans la nature de la social-démocratie d’avoir toujours cautionné la politique du capital depuis… 1914! Son essence est de toujours faire le contraire de ce qu’elle a fait miroiter afin de se faire élire aux rênes de la machine d’Etat capitaliste. Par là même, elle sécrète toujours à sa marge, de la dissidence de gauche, vivier naturel des sectes plus ou moins trotskisantes. L’originalité de notre époque réside dans l’affaiblissement définitif du PC « laurentien » en France devenu une force d’appoint du conglomérat hétéroclite de gauche qui tentera sans succès de supplanter le PS. Ce n’est d’ailleurs pas sa fonction première qui est simplement de faire survivre l’illusion de la gauche et de son idéologie proprette : discourir avec radicalité sur les misères contemporaines sans outrepasser néanmoins certaines limites de la bienséance exigée par les seigneurs de notre temps et saboter pratiquement toute velléité de lutte effective de classe qui s’attaquerait frontalement au rapport social capitaliste. Un peu d’écologisme, de féminisme, d’antifascisme, d’altermondialisme, de libertarisme sociétal, de réformisme économiste, telle est sa recette. cela a suffi pour l’instant à endiguer une colère prolétarienne qui monte mais qui n’a pas encore retrouvé pleinement ses organes de lutte révolutionnaire et qui n’ose plus penser sa seule perspective historique réelle d’envoyer la machine à extorquer du profit par dessus bord.

Pour l’instant une partie significative du peuple, dégoutée par l’oligarchie politicienne, se tourne vers le FN. Il s’agit d’une adhésion au sein d’un contexte électoraliste non remis en question. cela n’a rien d’effrayant comme le clament les hérauts de la coterie « républicaine » ; à la limite si le FN l’emportait dans le cirque électoral cela pourrait mettre le bazar dans les tripatouillages des éminents politiques. Mais très rapidement le FN devrait prendre position face aux exigences et aux nécessités de l’exploitation capitalistes. Nous doutons fort que celui-ci soit armé pour y faire face et désire réellement en découdre avec la classe dominante. Cela réclame une orientation théorique et pratique très claire sur la nature de celle-ci, sur la dynamique du processus de valorisation du capital et sur son redéploiement globalisé mondialement entraînant les soubresauts géopolitiques actuels2.

Seule l’activité de larges secteurs prolétariens en guerre contre leurs conditions sociales imposées peut accoucher de formes politiques nouvelles exprimant leurs besoins humains. Ces formes perdureront tant que l’univers marchand ne sera pas réduit à quia. C’est la lutte contre l’existence dominée par le travail salarié et non pour un réaménagement de la croissance capitaliste, un grand coup de mistral afin de nettoyer l’atmosphère pestilentielle de l’accumulation des marchandises et y substituer l’épanouissement de la communauté humaine revitalisée.

  1. Il est bien vrai que certains ne peuvent plus payer, et même parmi ceux le pouvant encore il s’est trouvé un député PS qui avait décidé depuis trois ans de s’abstenir de payer ses impôts et de ne plus honorer ses quittances de loyer. Faisait-il partie, avant de se faire exclure du parti, de la fraction des « frondeurs« , mâles défenseurs de l’illusion démocratique, ou de sa frange radicale occulte préconisant, qui sait, la thèse anarchiste de la reprise individuelle et de la désobéissance à l’Etat? Il semblerait que non, le personnage ayant argué d’une « phobie administrative » afin d’expliquer son attitude dans laquelle, pour notre part, nous ne lisons qu’une outrecuidance propre aux membres de l’oligarchie politicienne entretenue par le système. Il est probable que les prolétaires seront eux aussi, quelque jour, frappés d’une phobie particulière, la « capitalophobie« .
  2. A l’attention des lecteurs distraits ou épisodiques de « Rébellion« , soulignons que c’est le fil conducteur de notre revue.

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