Acte 53 du mouvement Gilets Jaunes à Lyon

Pour cet acte 53 lyonnais, nous étions en droit d’attendre un effectif aussi important que ceux auxquels nous pouvions assister en début d’année. Malgré l’homogénéité de plus en plus accrue des manifestants au fur et à mesure de l’écoulement du temps (à savoir les casseurs sans gilets issus des banlieues et l’ultra-gauche identifiable à ses scansions fétiches), les « gaulois réfractaires » imperméables à tout étiquetage de parti, de syndicat ou autre compartimentation idéologique continuent à être présents.

Avant d’arriver sur place, nous assistons toujours avec plaisir aux bribes de conversations en marge du rassemblement faisant état, de façon conflictuelle, de la situation actuelle. Parmi elles, celle d’un journaliste soixantenaire arrogant, au profil de « tueur de fils » (au sens pasolinien du terme), certainement repu d’avoir couvert le mensonge marchand post-68, tentait d’humilier un homme un peu plus jeune que lui sur la question de l’information et de la désinformation. Plus tard dans la manif’ (à savoir la Place Bellecour comme point de ralliement officiel de la ville), c’est au tour d’un mec de quartier d’échanger agressivement avec une gilet jaune quarantenaire en lui reprochant la « peur de tout casser », Lyon n’ayant, selon lui, « pas les couilles d’y aller comme à Paris ».

Pour les premières salves des CRS, ça commence du côté de la Place Antonin Poncet, tout juste à côté de la Place Bellecour. Il est toujours étonnant d’assister, de l’extérieur, aux regards spectateurs et bovins des consommateurs enfermés dans les brasseries, protégés par les devantures, assistant certainement (de leur point de vue) à l’énième acte d’une pièce de théâtre filmée (par de multiples smartphones ou par les caméras journalistiques, dont Russia Today) et tout à fait immersive (on ne peut pas faire plus VR !) dont le genre relèverait de l’intrigue politique renforcée à coups de lacrymos, de matraques, de cris et de (quelques) jets de pavés. A ce titre, nous pourrons parler de Révolution lorsque le consommateur du week-end ne pourra plus confondre le samedi des Gilets et son programme Netflix, trouvant alors la réalité plus périlleuse et sans répit pour celui qui oserait s’aventurer en mode lèche-vitrine Rue de la Ré(-publique) !

Le bloc de manifestants se rabat donc auprès de la place principale, dont les artères menant vers les quais de Saône et du Rhône se remplissent d’autres révoltés qui viennent alors agrandir le noyau. Il sera question, pour cet anniversaire du Mouvement, de chanter son existence et sa prolongation. Et cela se fera cette fois-ci en bloc. Pas de cortège prévu, ce qui instaurera une autre dynamique dans les affrontements qui ne seront, pour un premier temps, que des effleurements consistant à chanter, envoyer quelques projectiles et se barrer en courant à chaque tir de grenade. Le bloc se maintient alors durant une bonne heure, avant que la BAC, poursuivi un temps avant de poursuivre à son tour un groupe d’assaillants, ne chasse le bloc qui se rabat de nouveau vers la Place Poncet, saucissonnant ainsi, avant la tombée de la nuit, les insurgés apeurés qui se rabattront et se réunifieront, plus loin dans le centre ville, en des blocs de plus en plus désintégrés…

… En effet, comme il l’a été dit en tout début de manif’, Lyon ne semble pas être la ville la plus conjointement révoltée parmi l’ensemble de l’hexagone. En dehors des magnifiques scènes de bataille parisiennes (voir le reportage « Tout est sous contrôle » du média Youtube Revol) et des fulgurances sudistes (Est-Ouest), Lugdunum semble avoir été victime de quelque chose ayant à voir avec une part indécrottable de son identité : son bastion est sa Presqu’île, avec son ex-aristocratie devenue grande-bourgeoisie plus ou moins catholique (c’est-à-dire plutôt orienté « Christ des Riches »). Un Lyon morcelé entre anarchistes/antifascistes des quais du Rhône/7ème arrondissement et royalistes/néofascistes du Vieux-Lyon. Une ville qui, au regard de ce Mouvement, est d’une tiédeur incomparable à une partie de son historiographie contemporaine qui a pu accueillir, entre autres, Pierre-Joseph Proudhon fréquentant les révoltés des Canuts avant de rencontrer le jeune Karl Marx à Paris, ou encore le Frantz Fanon étudiant en médecine et en philosophie auprès du phénoménologue Maurice Merleau-Ponty.

Bref. Le combat continue. Mais que le lavage de cerveau ayant abouti à cette plaie qu’est la logique de Parti puisse essorer et se gorger du fruit de la Révolution véritable…

Dany Colin.

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